Crédits : Creative Commons, Angela Morelli

Angela Morelli, révélatrice d’océans cachés

Savez-vous que vous consommez chaque jour 3 496 litres d’eau ? Il y a l’eau que vous buvez ou que vous utilisez pour vous laver, et celle qui vous permet de vous nourrir.

« Il y a un océan invisible qui coule dans chaque grain de blé », assénait Angela Morelli à la conférence TED d’Oslo en 2011. Cette jeune Italienne souriante, diplômée en design de l’information, était venue parler de l’eau virtuelle devant une assemblée concentrée.

« Environ 92 % de l’eau que l’homme utilise est dédiée à la production alimentaire. »

L’eau virtuelle, c’est la quantité d’eau utilisée pour fabriquer un bien de consommation. Une eau invisible pour le consommateur, et qui représente pourtant la plus grande part de notre utilisation. Il faut de l’eau pour produire des céréales, de la viande, du coton ou du papier. Le terme d’eau virtuelle est apparu en 1995, dans les travaux du géographe britannique John Anthony Allan.

Angela Morelli se souvient : « tout a commencé en 2006, quand j’ai lu un texte d’Ismail Serageldin (ndlr : un expert de la Banque mondiale) qui prédisait en 1995 : "si les guerres de ce siècle ont souvent été motivées par le pétrole, celles du siècle prochain auront l’eau pour enjeu" ». Dès lors, elle décide de consacrer tout son temps à la problématique de l’eau virtuelle. Comment une designer-graphiste peut-elle s’investir d’une telle mission ? « Je me suis dit que je pouvais utiliser le design de l’information pour faire connaître ce concept et partager mon savoir. L’information n’est puissante que si on la comprend bien. Mon travail est de fournir des outils qui peuvent permettre aux gens de créer des solutions », nous explique Angela.

Rigoureuse, la jeune femme a passé des années à lire des rapports de plusieurs centaines de pages, à discuter avec des scientifiques et à intervenir dans des conférences, avant de publier  L’eau que nous mangeons, une infographie sur l’eau virtuelle, destinée au grand public. Un travail de titan étant donné la complexité du sujet et l’abondance de données.

Le résultat est beau et clair. Ludique et sophistiquée, l’animation explique pourquoi l’eau domestique ne représente que 4 % de notre consommation totale. Les biens alimentaires sont les plus gourmands en eau. Par exemple, Angela y explique en détail comment elle a calculé que la production d’un seul kilo de bœuf nécessitait… 15 400 litres d’eau.

« Pendant des années, on m’a asséné cette croyance selon laquelle la crise de l’eau était liée au fait de prendre un bain ou de se brosser les dents, mais le vrai problème, c’est ce que nous mangeons, comment nous produisons ces aliments, comment nous les transportons et comment nous les gaspillons. Environ 92 % de l’eau que l’homme utilise est dédiée à la production alimentaire », insiste-t-elle, déterminée à rétablir certaines vérités.

Engagée, l’infographie s’achève sur ces trois conseils : il faut réduire sa consommation de viande, privilégier le bétail élevé en prairie et ne pas gâcher de nourriture. Le gaspillage alimentaire est d’ailleurs le sujet d’une autre infographie qu’Angela a réalisée après celle sur l’eau virtuelle. « Quand nous gaspillons ne serait-ce qu’une minuscule part de nourriture, nous gaspillons les ressources qui ont été nécessaires à sa production. Comme nous gaspillons beaucoup, je me suis dit qu’il serait utile de me plonger dans les chiffres du gaspillage mondial et de raconter cette histoire. ».

En savoir plus :

- www.angelamorelli.com
- L’infographie d’Angela Morelli sur l’eau virtuelle
- Son infographie sur le gaspillage alimentaire
- Son intervention à la conférence TED d’Oslo en 2011

Image principale : Crédits : Creative Commons, Angela Morelli

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