Corentin de Chatelperron

Bienvenue à bord du labo des low-tech

Un ingénieur obstiné va faire le tour du monde à bord d’un voilier en lin et jute. Son rêve : réunir les inventeurs du monde entier autour d’un même projet, la recherche de solutions low-tech dans les pays en voie de développement.

Tout a commencé grâce à un champ de jute, au Bangladesh, en 2009. En face, il y a le chantier naval TaraTari où travaille Corentin de Chatelperron. Ce jeune diplômé de l’ICAM de Nantes a l’idée de remplacer la fibre de verre – importée et polluante – utilisée pour les coques de bateau par du jute – naturel, économique et local. Surnommée l’or du Bengale pour sa belle couleur dorée, cette plante fait vivre 40 millions de Bangladais et elle a désormais le pouvoir de révolutionner l’industrie navale.

À l’écouter narrer ses aventures passionnantes de sa voix douce, en toute simplicité, le regard pétillant et le visage souriant, on se dit que le jeune ingénieur n’est pas vraiment dans son élément dans ce café parisien où l’on s’est donné rendez-vous pour parler de ses périples maritimes et de son nouveau projet, Nomade des Mers. À 31 ans, il a déjà construit deux voiliers en jute et s’apprête à en bâtir un troisième. Avec le prototype Tara Tari, composé à 40 % de jute, il a parcouru 9 000 milles marins, de Dacca à La Ciotat, pour tester la robustesse de cet agro-composite. En 2013, à bord de Gold of Bengal, un bateau 100 % jute cette fois, il a navigué six mois dans les îles indonésiennes. En 2016, il reprendra la mer pour un tour du monde des low-tech...

Comment est née l’idée de Nomade des Mers ?

Quand je suis parti avec Gold of Bengal, je voulais être autosuffisant et revenir avec plus de nourriture qu’au départ. J’avais deux poules et je comptais faire pousser des pommes de terre dans ma serre, mais ça a été un échec. Au bout de quatre mois, j’ai fait escale sur une île déserte au large de Sumatra, où plusieurs amis m’ont rejoint. Nous avons créé une sorte de laboratoire de recherche et fabriqué toutes sortes d’inventions très utiles : un four solaire, des cultures hydroponiques (hors terre)…

« Le voyage de Gold of Bengal (3) À la recherche du "low tech" »



J’ai compris que j’avais beau être ingénieur, pour trouver des solutions low-tech, j’avais surtout besoin d’accéder à d’autres connaissances. D’où l’idée de créer une plateforme collaborative pour échanger des savoir-faire et des expertises.

Quel est le rôle du site NomadeDesMers.org lancé en septembre dernier ?

C’est un forum de recherche sur les low-tech. Je voulais réunir les inventeurs du dimanche, les ingénieurs, les étudiants, les adeptes du système D, les chercheurs… Les systèmes low-tech sont des moteurs de progrès local et durable, mais il n’y a pas assez de recherche ni de partage de savoir-faire.

Qui peut contribuer à inventer des solutions low-tech ?

Tout le monde ! Pour faire pousser mes pommes de terre, j’aurais eu grand besoin des conseils de ma grand-mère par exemple. Sur NomadeDesMers.org, chacun peut s’inscrire et partager ses idées avec des tutos vidéo ou répondre à des défis. Nous développons aussi un réseau international d’associations qui pourra partager ces solutions low-tech avec les populations qui en ont besoin et nous solliciter sur des problématiques locales.

Comment va se dérouler la seconde phase du projet ?

Nous allons commencer au printemps la construction d’un catamaran de 18 mètres de long et 9 de large, composé à 50 % de lin et 50 % de jute. Je partirai ensuite faire le tour du monde des low-tech, pendant trois ans, avec deux coéquipiers. Nous n’emporterons pas de matériel ni de vivres, juste des poules, des lombrics et des insectes ! À chaque escale, deux inventeurs seront embarqués à bord pour trouver des solutions à des problèmes locaux, en bricolant avec les moyens du bord. En Mauritanie par exemple, nous plancherons sur la question de l’accès à l’eau.

Faire le tour du monde à la voile, c’est un moyen de diffuser et découvrir des nouvelles solutions ?

Oui, mais pas seulement. Le bateau est aussi un excellent moyen de tester les solutions : il faut faire avec les moyens du bord, et vivre dans un espace si petit permet aussi des synergies. C’est à la fois un laboratoire itinérant et un écosystème flottant !

Rendez-vous début 2016 pour le grand départ de Nomade des Mers.

En savoir plus :

- Le site Nomade des Mers
- L’entreprise sociale Gold of Bengal
- Le blog Where is Tara Tari ?, pour suivre les aventures du voilier avec lequel Capucine Trochet a par la suite traversé l’Atlantique : http://whereistaratari.blogspot.fr
- Un bateau 100 % écolo, sur ARTE

 
 
 
 
 
 

Image principale : Corentin de Chatelperron

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