Archivio Slow Food

Carlo Petrini, l’éco-gastronome

Dans un monde où tout va de plus en plus vite, Carlo Petrini mène depuis plus de 25 ans une lente révolution sociale et culturelle. Une révolution pour une gastronomie « circulaire » respectueuse des petits producteurs et de l’environnement.

À ses détracteurs, Carlin écrira : « le choix de ce que l’on mange oriente le monde ».

Lentement mais sûrement, à l’image de cet escargot, symbole du mouvement international Slow Food qu’il fonde en 1989. Journaliste engagé, critique en œnologie et écrivain, Carlo Petrini a fondé plusieurs revues dédiées au Slow Food. En 2004, il crée  le réseau mondial de producteurs Terra Madre, qui se réunit tous les deux ans à Turin, et ouvre la toute première université des sciences gastronomiques. Ami d’Oscar Farinetti, il l’aide à lancer sa chaîne de supermarchés slow Eataly. Il est désigné « héros de l’année 2004 » par l’édition européenne de Time Magazine, l’une des « 50 personnalités qui peuvent sauver la planète » en 2008 par The Guardian et « Champion de la Terre » par les Nations unies en 2013. Aujourd’hui, l’homme partage aussi bien la table des puissants que des paysans. Retour sur le parcours de ce pionnier de l’éco-gastronomie.

« We don’t want fast food… we want slow food ! »

Bra, dans le sud du Piémont en Italie. La région est connue pour sa gastronomie qui mêle savamment mets sophistiqués et cuisine rustique. Là, après une journée de moisson ou de vendanges, on se régale d’une bonne bagna cauda, ce plat paysan typique à base d’ail, d’anchois et d’huile d’olive dans lequel les membres de la famille trempent divers légumes. C’est dans cette terre des montagnes que naît « Carlin », comme ses proches et partisans l’appellent. Dans les années 1980, il cofonde Arcigola, sorte de club de gourmets italiens. En 1986, McDonald’s installe l’un de ses restaurants sur la Piazza di Spagna. Ce symbole de l’industrialisation de la nourriture, qui nivelle le goût par le bas, investit le cœur de Rome ! Pour Carlin, il ne s’agit plus seulement de célébrer la gastronomie et la culture italiennes, il faut désormais les défendre. Défendre les trattorias et les osterias, les petites tables de la capitale, où les employés de bureau romains se pressent à l’heure du déjeuner. C’est avec audace, et malice, qu’il arme les manifestants de bols de penne, tous scandent : « we don’t want fast food… we want slow food ! ». Le mouvement Slow Food était né.

L’acte de manger

Son manifeste, signé à l’Opéra-Comique de Paris en 1989, incarne les idées développées par Carlin depuis plusieurs années. C’est une critique forte de la « fast life » et un éloge de la lenteur et du plaisir de vivre, où la question environnementale est déjà sous-jacente ; un appel à redécouvrir des saveurs régionales oubliées. Il s’inscrit dans la tradition épicurienne et les aphorismes de Brillat-Savarin, que Carlin se plaît à citer dans chacune de ses interviews. Mais on aurait tort de penser que la philosophie Slow Food est élitiste, réservée à une poignée d’esthètes bourgeois. Carlin a toujours revendiqué le droit, pour tous, de disposer de produits de qualité à un prix abordable.

« Bon, propre et juste »

Pour lui, la gastronomie ne se résume pas au plaisir, c’est une science holistique. À ses détracteurs, il écrira : « le choix de ce que l’on mange oriente le monde ». Dans les années 1990, cela devient incontestable : gastronomie et écologie sont indissociables. Protéger les traditions culinaires, c’est protéger la biodiversité alimentaire. En 1996, Carlo Petrini crée l’Arche du Goût, un catalogue d’aliments en voie de disparition qui compte aujourd’hui près de 1 400 produits de qualité provenant de plus de 80 pays. Ces derniers sont recensés par les Sentinelles du Goût, les bras de l’Arche, des communautés de petits producteurs disséminées dans le monde entier. Autant de petits soldats protégeant les produits locaux artisanaux et leurs méthodes de fabrication ancestrales. Le mouvement Slow Food évolue : un produit ne doit pas être seulement bon, il doit aussi être propre et juste, c’est-à-dire qu’il doit respecter l’environnement et rétribuer équitablement les cultivateurs et les éleveurs. Ces derniers sont au centre de la révolution que dessine Carlo Petrini depuis plus de 25 ans. Ils travaillent main dans la main avec les « coproducteurs » – Carlin refuse de parler de « consommateurs » – au sein des « conviviums » pour promouvoir leur culture gastronomique.

Le McDonald’s de la Piazza di Spagna existe toujours, mais les idées de Carlin se sont répandues dans le monde entier. Le mouvement Slow Food compte aujourd’hui plus de 100 000 membres répartis dans 150 pays et a lancé de nombreuses initiatives autour de l’éducation, de la défense du goût ou de la protection de la biodiversité.

Trailer de Slow Food Story

En savoir plus :

- Site officiel du mouvement Slow Food (International)
- Militants de la gastronomie, par Carlo Petrini
- Slow Food Story, documentaire qui raconte l’histoire de la création du mouvement Slow Food
- Deux articles sur Carlo Petrini sur The Independent 2006 2009
- Carlo Petrini nommé « Champion de la Terre » par les Nations unies en 2013

Image principale : Archivio Slow Food

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