Dessin portrait de César Harada - Copyrights : PETER JAMES FIELD

César Harada, l’empereur des drones marins

César Harada veut utiliser les forces de la nature pour remédier aux principales pollutions marines d’origine humaine : le pétrole, le plastique et la radioactivité.

Le 20 avril 2010, la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon explose dans le golfe du Mexique, provoquant une marée noire de grande ampleur. César Harada, jeune chercheur franco-japonais, se met alors à imaginer Protei, un drone marin open-source, capable de nettoyer les océans.

Le « commandant Cousteau » du design

César Harada se définit lui-même comme un inventeur, environnementaliste et entrepreneur. Son parcours universitaire, en circonvolution autour du design, est atypique, dense, mais entêté. « César me parlait beaucoup de projets tangibles, d’électronique "libre", et je trouvais son goût pour le bricolage sérieux admirable », se souvient Jean-Noël Lafargue, l’un de ses anciens professeurs. Le jeune homme étudie et travaille dans le monde entier. On le retrouve en France, en Angleterre, aux États-Unis, en Chine… « De loin, on a l’impression que César a une existence de rêve, qu’il est une sorte de Commandant Cousteau du design. Il pourrait bien le devenir, il le mérite, et en fait, je pense que c’est son destin », écrit Jean-Noël Lafargue. Pendant son parcours, César Harada développe une double expertise en design de produit et de logiciel, et une conviction forte de militant de « l’open hardware », il place son travail au service de l’environnement et des hommes.

En 2010, César est au Kenya où il participe à la construction du *iHub_, un incubateur situé à Nairobi, et collabore au logiciel de cartographie participative Ushahidi. Mais à peine arrivé, il est contacté par le Massachusetts Institute of Technology. Deepwater Horizon déverse son pétrole au large de la Louisiane et le MIT recherche  un ingénieur capable de mettre au point une technologie d’absorption d’hydrocarbure.

Un petit poisson, un petit bateau

Sur les lieux, César Harada constate que les moyens de dépollution mis en œuvre sont loin d’être satisfaisants. Les navires anti-marée noire gaspillent des tonnes de gasoil pour n’absorber qu’une infime partie du pétrole, environ 3 %. Surtout, le procédé est néfaste pour la santé des personnes qui conduisent les bateaux ; elles sont exposées à des produits chimiques très toxiques. Au MIT, César anime une équipe de chercheurs, et le projet, qui combine robotique et science des matériaux, est passionnant. Mais c’est un projet à long terme, pour une solution coûteuse et brevetée. Cela va totalement à l’encontre de son approche de l’innovation ! Lui qui veut développer un engin low-cost en open-source rapidement opérationnel. Alors, ce « dream job » que de nombreux chercheurs lui envient, César Harada n’hésitera pas à le quitter. Il retourne à La Nouvelle-Orléans, au plus près de la marée noire.

Là, il commence à travailler sur Protei et fédère une communauté autour du projet (on y reviendra). Protei ressemble à un gros poisson, c’est un drone marin biomimétique à voiles, mû par la force combinée du vent et des vagues. Sa coque articulée lui permet d’être maniable et d’opérer même par mauvais temps. Équipé d’une queue de plusieurs mètres, il est capable d’absorber un maximum de pétrole. Comme il est téléguidé et semi-autonome, plusieurs drones peuvent être déployés et nettoyer l’océan en bonne intelligence avec une intervention humaine limitée. Après des années de galère et plusieurs prototypes, César Harada aboutit à un modèle en kit qu’il commercialise aujourd’hui à 770 dollars.

Station océanique internationale

Depuis le début, Protei est un projet collaboratif international. Des marins, des chercheurs et des ingénieurs du monde entier contribuent à améliorer le drone de César. Protei a ainsi donné naissance à une véritable communauté, Open Sailing, dont le but est de développer des technologies open-source pour explorer et sauver les océans. Ses membres espèrent par exemple construire une station océanique internationale.

Chacun peut télécharger les plans de Protei et le fabriquer assez facilement. L’objectif de César est de produire en masse ses petits bateaux afin qu’ils puissent intervenir dans les océans en cas de catastrophe environnementale. Car Protei ne se limite pas au nettoyage des marées noires, il peut également servir au filtrage des déchets plastiques ou à la mesure de la radioactivité. Il a d’ailleurs été testé à Fukushima.

Image principale : Dessin portrait de César Harada
Copyrights : PETER JAMES FIELD

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