Daan Roosegaarde, l’artiste qui carbure à l’énergie verte

Depuis dix ans, ce Néerlandais combine art et innovation technologique. Son objectif : sensibiliser le grand public aux causes écologiques et proposer des alternatives durables.

Depuis plusieurs années, les Pays-Bas font partie des cinq pays les plus innovants du monde. L’histoire et la géographie de ce pays l’ont en effet amené à se tourner résolument vers le futur : une grande partie du territoire se situant en dessous du niveau de la mer, des polders ont été créés et représentent aujourd’hui 17 % de la superficie du pays ; de même, le paysage plat a favorisé l’implantation d’un parc éolien important.

« Les Pays-Bas sont le meilleur exemple de la façon dont une technologie créative peut permettre aux gens de survivre. On n’a jamais migré vers l’Allemagne, on a simplement trouvé la relation symbiotique avec la nature », résume Daan Roosegaarde. S’inscrivant dans la lignée des inventeurs néerlandais, cet homme de 37 ans préfère se définir comme « artiste et innovateur ».
 



Après des études dans les plus prestigieuses écoles d’art du pays (ArtEZ, Berlage Institute), Daan Roosegaarde a fondé en 2007 le Studio Roosegaarde, un « laboratoire qui construit le paysage de demain ». Concrètement, il s’agit de créer des œuvres d’art et de design qui s’appuient sur la technologie afin d’offrir une réflexion et parfois des solutions durables pour l’environnement futur. « On est au xxie siècle et les outils de création ont évolué grâce aux objets connectés intelligents et à la source inépuisable d’inspiration que constitue le web, etc. Cela donne une liberté d’expression d’un nouveau genre », explique l’artiste.


Dance floor et aspirateur pékinois

Sa première œuvre ? Le Sustainable Dance Floor, une piste de danse sur laquelle les gens produisent eux-mêmes de l’énergie. Installé dans le bien nommé Club WATT en 2008, l’objet est également interactif avec un système de LED passant au vert au fur et à mesure que les gens dansent. « L’idée était de montrer que l’environnement et les énergies vertes pouvaient être là où on ne les attendait pas : dans une discothèque, avec une foule de gens en train de s’amuser », précise Daan Roosegaarde.
Plus tard, l’artiste invente deux autres pistes intelligentes. La première, cyclable et baptisée Van Gogh Path, est constituée de bandes photovoltaïques réflectives produisant des lumières « pointillistes » vertes sur le sol à la nuit tombée, en hommage au maître néerlandais. La seconde, Smart Highway, suit le même principe, mais appliqué à des portions d’autoroute. « Le dénominateur commun à mes œuvres, c’est leur faculté à montrer le potentiel d’un monde vert. Certaines sont plus pragmatiques, s’appuient sur des faits scientifiques. D’autres sont plus poétiques et jouent sur l’imagination du public, car nos limites actuelles ne sont pas techniques, mais bien imaginatives », explique-t-il. Ce fut notamment le cas de l’expérience Waterlicht, dans laquelle un faisceau lumineux installé sur le Museumplein d’Amsterdam simulait le niveau des eaux en cas d’inondations dues au réchauffement climatique.


Mais le vrai coup d’éclat de Daan Roosegaarde, c’est la Smog Free Tower . Cette œuvre lui apporte « beaucoup de fierté ». Et pour cause, cet « aspirateur géant » peut purifier jusqu’à 30 000 m³ de pollution par heure. Il fonctionne à l’énergie éolienne et consomme seulement l’équivalent de l’énergie nécessaire au fonctionnement d’un chauffe-eau électrique. Cerise sur le gâteau : la pollution collectée puis compactée est ensuite transformée en bagues de luxe vendues 250 € (chaque bijou équivaut à 1 000 m³ de pollution traitée).

Autofinancée, la Smog Free Tower a vite été adoptée par le gouvernement chinois, qui l’a implantée en 2016 à Pékin, au moment où la capitale chinoise atteignait l’un des pics de pollution les plus importants de son histoire.
L’innovation sera également implantée à Delhi d’ici la fin de l’année.
 

Crédit : Studio Roosegaarde


Nettoyer l’espace

Le Studio Roosegaarde emploie aujourd’hui une vingtaine de personnes entre Rotterdam et Shanghai, chargées de réfléchir à de nouvelles créations durables. Certaines d’entre elles nécessitent plus d’une centaine de personnes pour leur mise en place, comme ce fut le cas de l’Icoon Afsluitdijk, commandé par le ministère néerlandais de l’Infrastructure et de l’Environnement. Inauguré en novembre prochain, son but sera de réduire les dépenses énergétiques et d’éliminer la pollution lumineuse tout au long des 32 km du barrage Afsluitdijk, en installant des windvogels (cerfs-volants, en néerlandais) capables de générer jusqu’à 100 kW chacun.
Aujourd’hui, l’artiste et innovateur hollandais planche sur un projet qui permettrait de nettoyer l’espace « qui stocke de nombreux débris mettant en péril les satellites ».

 

Crédit : Studio Roosegaarde

 


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AUTEUR : Matthieu Rostac

 

 

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