illustration portrait de Dickson Despommier

Dickson Despommier, le père fondateur des fermes verticales

Ce professeur de l’université de Columbia est à l’origine du concept de fermes verticales. Un mode alternatif d’agriculture urbaine pour nourrir les citadins grâce à des tours écologiques.

Rapprocher les habitants de leurs sources d’alimentation en ville : c’est le principe des fermes verticales, un concept promu passionnément par Dickson Despommier.

Avec son look d’écrivain américain, quelque part entre Jim Harrison et James Crumley, on l’imaginerait bien écrire des romans au fin fond du Montana. Mais l’homme est microbiologiste et professeur de santé publique et environnementale à la prestigieuse université de Columbia à New York où il exerce depuis trois décennies. Cet écologue né en 1940 travaille depuis toujours sur les relations entre les organismes et le monde environnant. La voix forte et le verbe haut, c’est un professeur charismatique et très apprécié de ses étudiants, qui lui ont décerné plusieurs fois de suite le titre d’enseignant de l’année. En 1999, c’est dans le cadre de ses cours d’écologie de la santé qu’il introduit le concept de fermes verticales. Ses « farmscrapers » sont des gratte-ciels écologiques futuristes qui réinventent une agriculture de proximité, conçue non plus horizontalement, mais verticalement. Ces fermes verticales pallient l’absence de sols fertiles en milieu urbain. Elles rapprochent la production des aliments de leurs lieux de consommation, limitant ainsi le coût de leur transport, qui est l’une des principales causes de l’empreinte carbone des villes. En optant pour l’hydroponie, c’est-à-dire la culture hors-sol, ces tours proposent une agriculture moins dépensière en eau que l’agriculture classique et, surtout, non dépendante du climat. Le principe est qu’un bâtiment de trente étages puisse nourrir 50 000 personnes.

Un pionnier visionnaire

Imaginer des fermes verticales high-tech comme solution pour nourrir les hommes, en particulier dans les mégalopoles, c’est la grande aventure de sa vie. Il y consacre tout son temps et son énergie, distillant ses conférences de Dubaï à New York, de la Corée à l’Inde, du Brésil à la Chine. À 75 ans, il continue d’interpeller et de regretter que l’humain soit la seule espèce vivante qui peine tant à s’adapter à son environnement. Il répète que la population terrestre ne cessant de croître, la nourrir va s’imposer comme le défi majeur du XXIe siècle. En 2014, le rapport de l’ONU sur les perspectives de l’urbanisation projette qu’en 2050, la population mondiale avoisinerait les 10 milliards d’habitants et vivrait à 66 % dans les villes. Le défi de nourrir ces citadins est donc bien là.

À ses détracteurs qui arguent que l’ajout de lumière artificielle pour faire pousser les aliments dans ses tours agricoles induit une dépense d’énergie supplémentaire, Dickson Despommier répond qu’il y a tout simplement urgence à prendre des initiatives et à repenser notre écosystème pour sauver la planète. Aujourd’hui, même si aucun gratte-ciel agricole n’a encore vu le jour, des expériences de culture verticale émergent à New York, Montréal, Singapour, Paris ou Shanghai. Le concept inspire nombre de designers et d’architectes qui dessinent des tours futuristes et dotées des meilleures technologies, mélangeant les poules, les salades et les fraises. Quant à la phrase fétiche de Dickson Despommier, « we can if we want to », elle exprime l’espoir que la volonté l’emporte sur le scepticisme.

Image principale : Illustration portrait de Dickson Despommier

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