Dominik Wind : co-créer au service du climat

Rencontre avec Dominik Wind, l’organisateur de POC21, un camp d’innovation unique au service du climat.

Dominik Wind est un utopiste. Il rêve d’un monde où chacun, partout, serait capable de construire sa maison, cultiver sa nourriture et produire de l’énergie dans le respect de l’homme et de l’environnement. Le jeune éco-hacker allemand ne se contente pas de rêver, il agit. Cet été, à 80 jours de la COP21, il organisait POC21 (pour proof of concept) aux côtés des Français de OuiShare. Pendant cinq semaines, plus de 100 designers, ingénieurs et geeks de tous poils ont convergé vers le château de Millemont, en région parisienne, pour « éco-hacker le futur ». Un futur plus durable et équitable, rendu possible grâce à l’open source.

Comment est né OpenState, au sein duquel tu as organisé POC21 ?

Un jour, je déjeunais avec mes collègues à Berlin et nous discutions de notre travail [Dominik est consultant et organise des groupes de travail visant à la résolution de problèmes, NDLR]. Organiser des workshops, élaborer des campagnes de communication pour les ONG… Que pouvions-nous faire d’autre ? C’est ainsi qu’est née l’idée d’un atelier d’innovation sur plusieurs semaines. J’avais déjà organisé quelque chose de similaire, Palomar5, autour du thème « le futur du travail ». L’expérience avait été incroyable et j’y avais appris tellement de choses ! J’avais le sentiment que si nous reproduisions l’expérience autour du changement climatique, cela pourrait devenir quelque chose de très puissant. C’est ainsi que, en 2012, OpenState a été fondé.

Aujourd’hui, nous pouvons construire nous-mêmes presque tout ce dont nous avons besoin.

Tu crois fermement qu’on peut changer le monde grâce à l’open source. Comment ?

Lorsque tu conçois un produit en open source, tu le fais de façon à ce qu’il soit facile à fabriquer, à démonter et à réparer. Cela veut dire qu’il va durer plus longtemps. Tu permets aussi aux autres d’adapter et d’améliorer ce produit. Ils peuvent notamment décider de n’utiliser que des matériaux locaux et durables tout en conservant les mêmes fonctionnalités, ou ils peuvent fabriquer quelque chose de mieux, plus efficace énergétiquement, par exemple. Il leur suffit de s’emparer de tes plans et à partir du moment où ils les laissent ouverts, ils peuvent faire à peu près tout ce qu’ils veulent ! L’open source permet donc de faire les choses différemment et peut même engendrer un nouveau modèle de société où les gens s’impliquent davantage. Aujourd’hui, nous pouvons construire nous-mêmes presque tout ce dont nous avons besoin, grâce à des outils tels que l’impression 3D, la découpe laser ou les machines CNC.

Quelle était l’idée derrière POC21 ?

L’idée était de montrer aux gens qu’on pouvait avoir un impact sur le changement climatique sans attendre la COP21 et les décisions des gouvernements. Il y a un large spectre de choses que chacun de nous peut faire. L’une d’entre elles est de développer des produits plus durables pour tous, partout. Avec POC21, mon rêve était de parvenir à créer une infrastructure open source qui réponde à tous les besoins humains fondamentaux : logement, nourriture, eau potable, énergie, communication et transport.

Mon rêve serait que nous parvenions à créer une infrastructure open source qui réponde à tous les besoins humains fondamentaux.

Quels sont les résultats concrets de ce camp d’innovation ? Peux-tu nous citer un ou deux projets qui ont particulièrement retenu ton attention ?

Je pense que Showerloop est le projet qui représente le mieux ce qui peut être accompli. Avec ce système, l’eau est collectée, filtrée et réutilisée pendant que l’on se douche. C’est une excellente idée, parce que cela permet d’économiser 90 % d’eau et 70 à 90 % d’énergie sans changer l’expérience de douche. L’autre projet auquel je pense est FairCap, un système de filtration d’eau qui peut être vissé sur le dessus d’une bouteille en plastique. Il a été développé pour coûter moins d’un dollar et on peut le reproduire librement.

C’est quoi la suite ?

Nous sommes en train de documenter ce que nous avons fait : ce que nous avons fabriqué, les outils que nous avons utilisés, les processus de prise de décision… Tout ! Nous voulons que ce soit le plus facile possible pour d’autres de mettre en place leurs propres ateliers d’innovation, en s’inspirant de notre expérience, sans répéter nos erreurs. L’organisation de POC21 elle-même est donc open source (rires).

Pour 2016, nous travaillons principalement sur deux projets. Le premier est de créer des hackerspaces permanents en France et en Allemagne. Les gens ont beaucoup parlé de POC21, maintenant, nous voulons qu’ils l’expérimentent sur le long terme et développent des projets de façon plus académique, au sein de ces espaces. Deuxièmement, nous essayons de préparer une formation sur la fabrication de produits durables, pour partager toute la connaissance que nous avons acquise, notamment en matière de design et de communication. Il y a aussi des choses intéressantes à explorer dans le domaine du fonctionnement et de l’organisation des entreprises… Comment bâtir plusieurs petites structures capables de produire localement plutôt qu’une grande entreprise centralisée ? Ou encore, comment distribuer plus équitablement la valeur créée ? Il reste encore beaucoup de choses à faire !

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