Jadav Payeng, surnommé "Forest Man" - Copyrights : Franck Vogel

Forest Man

Jadav Payeng a reboisé une île déserte en Inde. L’histoire de celui qu’on surnomme « Forest Man » a fait le tour du monde.

Il y a trente ans, l’île de Majuli, dans le nord-est de l’Inde, n’était qu’une aride étendue de sable soumise à l’érosion par les eaux du Brahmapoutre. Elle est aujourd’hui couverte d’une luxuriante forêt de 550 hectares (l’équivalent de 500 terrains de football) baptisée Molai. Ce miracle est le fruit du travail d’un homme déterminé qui a planté une forêt de ses propres mains, arbre par arbre, jusqu’à recréer un cercle vertueux entre la nature et les habitants de l’île. L’histoire de Jadav Payeng a récemment traversé les frontières grâce à un documentaire consacré à « Forest Man ».

Quand avez-vous décidé de planter une forêt à Majuli ?

En 1979, quand j’avais 16 ans, une crue du Brahmapoutre a inondé une partie de l’île. L’eau a apporté de la vie végétale et animale, des serpents par exemple. Mais quand elle s’est retirée, tous les serpents sont morts à cause de la chaleur. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucun arbre pour leur faire de l’ombre, et j’ai pensé que si des serpents pouvaient mourir faute de forêt, les hommes aussi. La végétation est source de vie, l’homme a besoin d’elle. J’ai alors commencé à planter des arbustes dans deux villages, Aruna sapori et Kartik sapori.

Comment saviez-vous quelles variétés végétales planter pour recréer un écosystème harmonieux ?

Je suis un homme de la nature et je suis aussi allé à l’école. J’ai appris de mes erreurs. Au départ, je voulais planter des arbres sur une dune de sable, mais ça ne marchait pas. J’ai demandé conseil aux sages de l’île qui m’ont dit d’essayer avec du bambou. Non seulement le bambou a poussé, mais après, d’autres espèces végétales ont pu conquérir la dune.

Quelle est votre routine ?

Je me lève vers 3 heures du matin pour m’occuper de mes vaches et mes porcs. Ensuite, après un grand bol de thé au lait sans sucre, je m’occupe de la forêt. Tous les jours, je plante des jeunes pousses et je ramasse les fruits tombés des plantes matures. De retour chez moi, je reçois parfois des visiteurs qui viennent s’enquérir de mon projet. En discutant avec eux, j’en profite pour extraire les graines des fruits que j’ai ramassés, que je stocke pour les semer.
La nature m’aide aussi : les plantes fleurissent, leurs graines sont dispersées par le vent ou les oiseaux et elles donnent naissance à de nouvelles plantes. Il suffit de donner un petit coup de pouce à la nature pour créer cet élan vertueux.

Les habitants de l’île vous soutiennent-ils ?

Au fur et à mesure, la verdure a attiré des animaux : des vautours, des rhinocéros, des cerfs, des tigres et aussi des éléphants, dont certains ont causé des dégâts dans les champs des villageois qui étaient énervés. J’ai dû les convaincre que les animaux n’étaient pas nuisibles. Ce sont nous, les hommes, qui empiétons sur le territoire des animaux avec nos cultures. Maintenant, la communauté locale me soutient. Au lieu d’abattre des arbres, les gens collectent du bois mort. Notre île est en train de devenir un modèle de gestion forestière.

Quand la forêt sera-t-elle achevée ?

L’île est vaste et je ne peux achever ce projet seul. Heureusement, depuis que des médias ont raconté mon histoire, j’ai reçu de nombreux messages de soutien. Des personnes et des ONG souhaitent m’aider. Ensemble, nous allons poursuivre la reforestation de l’île. Pour que Majuli – et l’Inde tout entière, je l’espère ! – redevienne verte.

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui voudraient vous imiter ?

Il ne suffit pas de planter, il faut prendre soin des premières pousses jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment robustes. Ensuite, la nature prend le relais.

En savoir plus :

- Le site de soutien à Jadav Payeng
- Le documentaire Forest Man réalisé par William Douglas McMaster
- La pétition pour que l’île de Majuli et sa forêt soient classées au patrimoine mondial

 
 
 
 

Image principale : Jadav Payeng, surnommé "Forest Man" - Copyrights : Franck Vogel

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