Il transforme la chaleur fatale des ordinateurs en chauffage !

À partir de la chaleur des ordinateurs, Paul Benoit produit du chauffage gratuit. Et met du vert dans la révolution numérique !

L’empreinte carbone générée par les data centers et le chauffage des ménages est réduite de près de 75 % grâce à ces radiateurs numériques.

Vous avez inventé un système de chauffage qui valorise la chaleur fatale dégagée par les calculs informatiques. Comment en avez-vous eu l’idée ?

Avant, je travaillais dans une banque où j’ai constaté qu’une énorme quantité d’énergie était utilisée pour faire fonctionner les ordinateurs. Chez moi, j’en avais six dont j’avais atténué le bruit. Et une idée farfelue m’est venue : si je peux les rendre silencieux, je peux les faire fonctionner à distance, et je peux aussi en faire un système de chauffage.

Quel est l’intérêt ?

Des entreprises comme des studios d’animation 3D, des banques, mais aussi des universités, etc., ont des besoins en puissance informatique de plus en plus importants. Mais elles n’ont pas forcément la place pour stocker les serveurs qui les fournissent. Elles doivent donc faire appel à des data centers. Ces centres de données numériques ne cessent de se développer. Aujourd’hui, ils représentent 3 % de la consommation électrique mondiale et ce phénomène double tous les cinq ans. Il arrivera donc un moment où l’on aura du mal à répondre à la demande exponentielle de puissance informatique. J’ai donc mis au point le Q.rad. Un radiateur numérique qui contient des microprocesseurs embarqués capables de fournir de la puissance informatique, tout en récupérant l’énergie fatale produite pour chauffer des logements ou des bureaux...

Concrètement, comment ça fonctionne ?

Au lieu d’entasser des serveurs informatiques qu’il faut refroidir dans des data centers, on répartit les Q.rad dans des bâtiments et on récupère la chaleur qu’ils produisent… C’est donc de la production décentralisée avec, du coup, une double utilité pour les microprocesseurs embarqués dans nos radiateurs numériques. D’une part, ils génèrent de la puissance informatique que nous revendons à des entreprises qui en ont besoin, via une connexion Internet. Ils deviennent donc data centers. D’autre part, et comme n’importe quel ordinateur, pendant qu’ils fonctionnent, ils produisent de la chaleur. Celle-ci est récupérée pour chauffer la pièce où ils sont installés. De plus, avec l’argent que nous avons gagné en vendant de la puissance informatique aux entreprises, nous remboursons l’électricité nécessaire au fonctionnement de nos radiateurs. C’est donc une alternative écologique aux data centers centralisés très énergivores.

Mais en été, les Q.rads continuent-ils à fournir de la puissance informatique aux entreprises qui en ont toujours besoin, alors que le chauffage, lui, devient inutile dans les bâtiments ?

Nous maintenons la puissance informatique nécessaire à nos clients toute l’année. Ce qui signifie que nous cherchons à nous déployer de manière intelligente. Par exemple, perdre de la chaleur dans une école vide pendant les vacances reste plus écologique que de créer un nouveau data center centralisé qui devra être climatisé en été.

Et la suite de l’histoire, c’est quoi ?

Notre radiateur en est à sa deuxième génération. Comme une sorte de Smartphone du chauffage, il diffuse du Wi-Fi, est équipé de capteurs pour mesurer la qualité de l’air intérieur, de systèmes d’alarme, etc. Il se destine à des bâtiments intelligents. Nous travaillons par exemple avec des EPHAD, afin d’installer des procédés de reconnaissance vocale, ou des détecteurs de chute des personnes âgées. Le Q.rad est équipé d’un système de recharge sans fil qui intéresse notamment le secteur de l’hôtellerie. Nous voulons continuer à développer des usages pour créer des expériences nouvelles. Les besoins en puissance informatique et en data centers sont là. Autant y répondre de manière écologique et intelligente.

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