Almir Narayamoga Surui

Le chef indien qui murmure à l’oreille de Google

Avec pour bâtons de pèlerin Google Earth et son savoir ancestral, le chef indien Almir Narayamoga Surui veut en finir avec la destruction de la forêt amazonienne.

Nous utilisons les nouvelles technologies, mais l’âme de notre culture est la même. Avant, elle était chantée. Aujourd’hui, elle peut être chantée, enregistrée et transmise.

En quoi consiste votre collaboration avec Google ?

Le potentiel technologique de Google est considérable, et le peuple Paiter Surui connaît l’importance de la forêt. Ce partenariat rassemble ces savoirs essentiels au développement et à la survie de l’humanité. Google nous a permis d’être informés des principales menaces que nous devons affronter : invasions de territoire, violations des droits indigènes et environnementaux, et grandes entreprises gouvernementales. Il ne nous a pas appris à utiliser la technologie pour changer notre vie. Au contraire, nous lui avons demandé de nous donner les outils nécessaires pour entrer en contact avec le monde entier et diffuser nos savoirs.

Quels dangers pèsent sur votre peuple ?

Depuis les premiers contacts avec les non-indigènes, le mode de vie de notre peuple est menacé. Nous n’avons ni la même vision du monde ni les mêmes interactions avec les ressources naturelles. Malgré la perte de nombreux de nos parents, notre peuple Paiter Surui a survécu en comprenant qu’il devait enseigner aux non-indigènes que les modes de vie de tous les peuples avaient besoin d’être revus. Il a remporté de grandes victoires dans la réduction de ces menaces, comme l’élaboration d’un plan sur 50 ans qui a produit de nombreux projets, y compris le Projet carbone Surui, à présent modèle pour d’autres pays.

La forêt amazonienne est toujours en péril...

Comme notre survie à cause de cette déforestation, car qui ôte la vie d’un arbre ôte aussi celle d’un enfant Paiter Surui. Un arbre est comme une vie et notre peuple a déjà perdu de nombreuses vies. Nous sommes aussi menacés par l’invasion de notre territoire. Plusieurs familles ont abandonné leur habitat et se sont enfoncées dans la forêt. Le peu de terre qui nous reste est à présent circonscrit et ne peut plus être envahi. C’est la portion dont notre peuple a besoin pour cultiver et garantir à ses enfants qu’ils conservent le contact avec la nature. Mais il n’y a plus d’espace pour reculer. Si les invasions continuent, notre peuple va perdre quelque chose d’irrécupérable : la vie indigène telle qu’elle a toujours été ; l’Indien en harmonie avec la terre, l’eau, la faune et la flore. Ce sera une perte pour les indigènes et pour toute la population, car les invasions vont aussi affecter la vie animale. Mais aujourd’hui, le pire des maux est l’inexécution des politiques publiques de garantie et de défense des droits indigènes et d’utilisation durable de la biodiversité de l’Amazonie. Elle est à l’origine de toutes les menaces que nous subissons et qui pourraient être réduites voire éliminées.

Vous êtes aussi en danger. Pourquoi ?

Ma vie est menacée par des personnes qui veulent exploiter illégalement les ressources naturelles et la biodiversité. Notre peuple a mis des années pour parvenir à ce qu’une voix – ma voix – élue par tous soit entendue, en apprenant le portugais avec beaucoup d’efforts. Personne n’a appris notre langue pour nous entendre. Nous sommes parvenus à défendre l’utilisation responsable de la forêt et de la biodiversité, ainsi qu’une politique publique juste pour toute la société. Maintenant, nous sommes menacés et ma propre vie l’est aussi...

Vous venez de publier Sauver la planète, comment envisagez-vous l’avenir ?

Ce livre a pour objectif de décrire mon travail et de contribuer à l’environnement à l’échelle de la planète. Il s’adresse aux générations actuelles et à venir, à toutes les classes sociales et économiques. Il doit permettre de comprendre l’importance de la forêt et de sa biodiversité. Mais j’entrevois des temps difficiles pour l’avenir si l’on considère le scénario actuel ; des luttes importantes en faveur de la préservation des eaux potables et des forêts entre les populations de la planète, et des maladies qui vont apparaître et se répandre dans le monde entier.

Pour en savoir plus :

Image principale : Almir Narayamoga Surui

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