Illustration Portrait de Nek Chand

Le royaume de Nek Chand

Artiste indien décédé cet été, Nek Chand a été le créateur génial du plus vaste jardin d’art populaire au monde, entièrement composé de déchets, d’objets usagés et de cailloux.

Pour Nek Chand, les déchets constituaient un trésor qui lui permettait de donner vie à son imaginaire.

De 1958 à 1975, chaque soir et chaque week-end, Nek Chand a enfourché sa bicyclette pour se rendre dans une forêt située à la périphérie de Chandigarh, en Inde. Dans cet endroit complètement isolé, l’artiste autodidacte a créé dans le plus grand secret une œuvre monumentale, fabuleuse et poétique, peuplée de créatures bigarrées et bienveillantes.

À l’époque, Nek Chand est fonctionnaire. Il a fui son village de Berian Kalan lors de la partition de l’Inde en 1947 pour s’installer à Delhi, puis à Chandigarh, la nouvelle capitale du Pendjab indien. Le Premier ministre, Jawaharlal Nehru, veut en faire le symbole de l’Inde moderne. Sa conception est confiée à l’architecte et urbaniste Le Corbusier, qui veut concrétiser sa vision de la ville idéale. Nek Chand est alors employé par le Département des travaux publics et participe à la construction de cette ville du futur, érigée sur les ruines des petits villages alentour.

Le royaume des dieux et des déesses

Face à l’architecture rationaliste de Le Corbusier, Nek Chand imagine un projet artistique personnel, le Rock Garden. Un monde merveilleux et secret inspiré de son village natal et des histoires fantastiques que lui racontait sa mère. Dans un terrain situé à l’écart de la ville, il constitue une impressionnante collection de matériaux hétéroclites qu’il ramène sur sa bicyclette : des pierres colorées et des rochers aux formes curieuses, ainsi que des déchets et des objets dénichés dans les décombres des maisons démolies. En utilisant du béton et quelques outils rudimentaires, il érige et pare des centaines de statues d’hommes et de femmes, d’enfants et d’animaux qui peuplent sa ville chimérique. Son domaine, qu’il baptise le Royaume des Dieux et des Déesses, s’étend de jour en jour.

Le secret le mieux gardé d’inde découvert !

La suite de l’histoire ressemble à un conte. En 1973, le royaume de Nek Chand est découvert. L’artiste risque de tout perdre ! Son poste, bien sûr, et cet empire qu’il a minutieusement bâti au fil des ans, mais dans l’illégalité… Pourtant, les officiels sont si émerveillés par l’œuvre de Nek Chand qu’ils reconnaissent son art. Le Royaume des Dieux et des Déesses – désormais appelé Rock Garden – est ouvert au public en 1976. Mieux, l’artiste est encouragé à poursuivre son travail ! Il reçoit un salaire pour s’occuper du jardin à temps plein, et est rejoint par une équipe d’ouvriers et de bénévoles. Bientôt, le Rock Garden acquiert une renommée internationale, l’artiste est invité à exposer et à créer dans le monde entier et reçoit des dizaines de prix.

Quand les déchets deviennent art

Le recyclage a toujours été au cœur du travail de Nek Chand. Après la découverte de son jardin, cela devient encore plus vrai. La population de Chandigarh le soutient en lui apportant des déchets : vaisselle brisée, équipement électrique, vieux pneus, bouteilles en verre, barils de goudron, saris déchirés et bracelets cassés, tuiles, céramiques… Un butin que Nek Chand transforme en art, pour le plaisir des visiteurs du monde entier.

Aujourd’hui, l’immense jardin habité par près de 2 000 statues s’étend sur 12 hectares. Il s’organise autour d’un parcours initiatique qui comprend des chemins, des places, des cascades, des temples, un théâtre et des milliers des milliers de sculptures alignées comme des soldats. Nek Chand est décédé le 12 juin 2015 à Chandigarh, mais son œuvre est bien vivante. Chaque jour, plus de 5 000 personnes visitent le Rock Garden, qui est devenu la deuxième attraction touristique de l’Inde après le Taj Mahal.

Image principale : Illustration Portrait de Nek Chand

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