Makoto Murase fait de l’eau de pluie une ressource pour Tokyo

« Quand l’eau de pluie s’écoule dans les égouts, elle se transforme en inondation. Si vous la collectez, elle devient une ressource. » C’est la devise de Makoto Murase, pionnier de la récupération d’eau de pluie au Japon.

Pour Makoto Murase, l’eau de pluie est une formidable ressource que l’on ne peut pas se permettre de gaspiller dans un contexte de pénurie à l’échelle mondiale.

À Tokyo, l’été japonais, chaud et humide, fait son apparition au mois de juin avec le « tsuyu », la première saison des pluies, qui dure environ six semaines. De septembre à octobre, c’est la pluie d’automne (« akisame »), la deuxième saison des pluies. Entre juillet et octobre, parfois plus tôt, Tokyo, comme le reste du Japon, est souvent frappé par des typhons, qui apportent leur lot de précipitations et de tempêtes.

Problème : la mégalopole japonaise, jungle dense et complexe de béton, n’est pas toujours capable de gérer ces pluies diluviennes. Le béton est étanche, ce qui empêche l’écoulement de l’eau dans les sols. Les égouts municipaux sont vite saturés, provoquant de fortes inondations. La ville de Tokyo avait donc besoin d’une solution. Et c’est Makoto Murase qui l’a trouvée, au début des années 1980.

Employé à la direction sanitaire de l’arrondissement de Sumida-ku, au nord-est de Tokyo, Makoto Murase imagine alors, avec l’aide de son équipe, un dispositif qui permet de collecter l’eau de pluie sur les toits, de la filtrer grâce à d’ingénieux systèmes placés dans les gouttières, puis de la stocker dans de grands réservoirs souterrains. À ce stade, elle n’est pas potable, mais elle peut être utilisée pour entretenir les espaces verts, alimenter les chasses d’eau et les machines à laver, ou éteindre les incendies. Si Makoto Murase n’est pas le seul à avoir pensé à un système de récupération d’eau de pluie, il est le premier à le concevoir à l’échelle urbaine.

Au même moment, Sumida-ku s’apprête à accueillir le plus grand stade de sumo de Tokyo, le fameux Ryōgoku Kokugikan. Makoto Murase y voit l’occasion idéale de tester son idée. Après avoir essuyé un premier refus de la part du maître d’œuvre, il parvient à convaincre la très conservatrice Association japonaise de sumo de la viabilité économique de son projet. Un projet qui va se révéler être une telle réussite qu’il va profondément changer la façon dont les urbanistes, les ingénieurs et les architectes conçoivent les bâtiments.

En effet, le dispositif inventé par celui que l’on appelle désormais « Dr Skywater » présente de nombreux avantages : il limite l’impact des inondations ; il permet de réaliser d’importantes économies d’eau, mais aussi d’énergie ; il offre à la municipalité une réserve d’eau, largement disponible et « verte », qu’elle peut mobiliser pour une multitude d’usages ; enfin, il contribue à changer les perceptions sur l’eau de pluie. Pour Makoto Murase, cette eau est une formidable ressource que l’on ne peut pas se permettre de gaspiller dans un contexte de pénurie à l’échelle mondiale.

C’est fort de cette conviction, qu’il parcourt désormais le Japon ‒ et le monde ! ‒ pour étendre son modèle à d’autres villes, comme au Bangladesh où Makoto Murase a participé au projet Amamizu. En 1995, les municipalités de Sumida-ku, puis Tokyo ont imposé la construction de réservoirs d’eau de pluie souterrains pour chaque nouvel immeuble.

Auteur de plusieurs publications, dont Rain Encyclopaedia, Makoto Murase est aujourd’hui à la tête d’une organisation visant à promouvoir une technologie durable, relativement simple et peu coûteuse, qui pourrait, selon lui, permettre de résoudre la crise de l’eau.

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