Illustration portrait de Pascal Poot - Crédit : Peter James Field

Pascal Poot : il fait pousser de vraies tomates bio en plein désert

Ses légumes survivent dans des conditions extrêmes, et se révèlent plus riches et nourrissants. Véritable défi pour l’agriculture de demain, l’approche de Pascal Poot est édifiante…

« Un laboratoire a évalué la différence de qualité entre mes semences et les semences bio que l’on trouve dans le commerce. Avec mes semences, il y avait jusqu’à 20 fois plus de vitamines, d’antioxydants et de bisphénol (des molécules anticancéreuses). »

Quel a été le point de départ de votre approche ?

Vers la fin des années 80, je me suis rendu compte d’une chose : ce que l’on appelle les « mauvaises herbes » étaient d’anciens légumes cultivés au Moyen Âge. On les qualifie de mauvaises herbes parce que nous n’arrivons pas à nous en débarrasser. Je me suis demandé pour quelle raison elles étaient aussi résistantes. J’en ai déduit ceci : les autres plantes, à force de les dorloter, de les traiter, n’ont plus aucune raison de développer des résistances naturelles. Je me suis donc dit : « je ne vais plus m’occuper des plantes, mais uniquement de la terre pour faire en sorte qu’elle soit fertile. Si les plantes sont malades, tant pis, je récolterai les semences et elles devraient devenir aussi résistantes que ce que l’on appelle les mauvaises herbes. » J’ai fait cela et ça a fonctionné.

Votre exploitation dans le Languedoc-Roussillon est pourtant dans une situation proche de la sécheresse...

Ici, à Olmet (Cévennes), c’est proche du Sahara ! Nous avons trois collines au milieu d’un immense cirque. Quand il y a des orages en été, ils tournent autour du cirque. Nous voyons parfois la pluie à 800 mètres, mais pas chez nous. Il arrive même qu’il ne pleuve pas de la fin janvier à la fin octobre.

Combien de temps a-t-il fallu aux plantes pour s’adapter à cet environnement ?

La première année, j’ai planté des variétés de tomates qui n’avaient jamais connu la sécheresse. Elles n’ont produit que 2 ou 3 tomates cerises. Pourtant, moins de 2 % sont mortes. J’ai récolté toutes les graines et les ai ressemées. L’année suivante, j’avais 2 ou 3 kg de tomates normales. Au bout de trois ans, j’obtenais 10 à 12 kg par pied. À présent, je cultive plus de 200 variétés de tomates.

Les fruits et légumes usuels sont-ils à ce point fragiles ?

Un reportage télévisé a évoqué des analyses montrant qu’ils contiennent jusqu’à 40 fois moins de nutriments qu’il y a 50 ans ! Un laboratoire a évalué la différence de qualité entre mes semences et les semences bio que l’on trouve dans le commerce. Avec mes semences, il y avait jusqu’à 20 fois plus de vitamines, d’antioxydants et de bisphénol (des molécules anticancéreuses). Par exemple, pour la vitamine C, on avait entre 30 et 38 mg par kilo de tomates. Avec mes semences, cela atteignait  580 mg. C’est une sacrée différence !

Vous organisez des stages de formation à votre approche. Comment cela se passe-t-il ?

Dans mes stages de formation, je donne aux gens les moyens d’avoir les bases pour apprendre à réfléchir par eux-mêmes. Je ne donne pas de recettes toutes faites. Ce qui fonctionne à un endroit ne va pas forcément marcher  500 mètres plus loin. Une fois que l’on sait observer, on dispose de tous les moyens pour s’adapter à l’endroit où l’on est.

Image principale : Illustration portrait de Pascal Poot - Crédit : Peter James Field

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