Dessin portrait de Olafur Eliasson - Copyrights : PETER JAMES FIELD

Quand l’art alerte sur la réalité du monde

Artiste de renommée internationale, Olafur Eliasson fait confiance à la capacité émotionnelle et narrative des œuvres pour sensibiliser le public aux enjeux du monde de demain.

Olafur Eliasson est né au Danemark, mais a grandi en Islande, terre d’origine de ses parents, et cet ancrage a modelé son rapport au monde. Les glaciers et leur fonte, les aurores boréales et leur phénomène magnétique, les volcans et leurs imprévisibles éruptions ont forgé chez lui un goût pour les quatre éléments, diamants bruts qu’il facette au sein de son studio berlinois ouvert en 1995. Dans cet antre pluridisciplinaire, il accueille les talents de techniciens, historiens de l’art, scientifiques, web designers… pour donner vie à des œuvres d’envergure où les jeux de lumières, de volumes et les dispositifs optiques créent des environnements hypnotiques et sensoriels.

Au fur et à mesure de sa pratique artistique, centrée sur l’homme au cœur d’équilibres fragiles, du nombre toujours croissant de collaborateurs (85 à l’heure actuelle) et des interrogations soulevées, une conscience écologique et sociale a pris forme et racine, tout comme un intérêt pour l’économie circulaire. À sa manière, esthétique, il alerte sur l’état du monde. Il en est ainsi du projet Ice Watch. Ces douze énormes blocs de glace disposés comme les aiguilles d’une montre devant le parvis de la mairie de Copenhague, où se réunissait fin octobre 2014 un groupe d’experts de l’ONU sur l’évolution du climat, offrent une représentation très concrète du phénomène du réchauffement climatique. Bien plus parlante qu’un rapport d’experts. L’œuvre Your waste of time en 2006, monolithes de glace montrés dans sa galerie berlinoise, abordait à l’époque in fine cette question. Olafur Eliasson imagine une forme d’écologie sculpturale. En jouant sur les perceptions, la projection des visiteurs, il décuple la force du message. Plus plastique qu’alarmiste, plus porteur que culpabilisant.

En 2012, Olafur Eliasson créera, avec l’ingénieur Frederik Ottesen, Little Sun, petite lampe portative fonctionnant à l’énergie solaire, qui illuminera d’abord de ses rayons la Tate Modern de Londres. Cette pièce d’art est aussi une alternative efficace aux lampes à pétrole utilisées couramment dans les communautés rurales n’ayant pas accès à l’électricité. Innovation nominée pour les GreenTec Awards qui se tiendront à Berlin le 29 mai prochain, Little Sun montre à quel point l’œuvre d’Olafur Eliasson est intimement mêlée à la vie, et que certaines de ses productions connaissent un développement bien au-delà du monde de l’art pour rejoindre la réalité du monde et ses enjeux. Un va-et-vient plutôt inédit, qui fait de lui un créateur à part dans le cercle des artistes contemporains reconnus : contemporain de manière bien plus sensible, attaché qu’il est à l’humain dans son environnement.

Image principale : Dessin portrait de Olafur Eliasson
Copyrights : PETER JAMES FIELD

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