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Takao Furuno et son « riz au canard »

Takao Furuno ne se dépare jamais de son sourire et de son chapeau de paille, sauf quand il est invité dans des salons internationaux.

Cela arrive souvent depuis qu’il a prouvé que l’agriculture biologique pouvait être aussi productive que l’agriculture intensive. Grâce aux canards.

Takao Furuno cultive quelques hectares de rizière dans le village de Teisen, au sud de l’archipel japonais. C’est en lisant le Printemps silencieux de Rachel Carson, ouvrage majeur du mouvement écologique qui dénonce les effets néfastes des pesticides sur l’environnement, que Takao décide de se lancer dans l’agriculture biologique en 1978. Pendant dix ans, sa femme et lui vont mener une vie difficile : le défrichage des rizières est un travail long et éreintant. Comment se passer des produits chimiques sans sacrifier sa santé et sa qualité de vie ?

Les canards se nourrissent des insectes et des mauvaises herbes sans abîmer les plants de riz, qu’ils n’apprécient guère.

En 1988, Takao Furuno redécouvre une méthode ancestrale oubliée : il fut une époque où on laissait les canards s’ébattre dans les rizières. Certains disent que c’est un camarade qui lui aurait parlé de cette pratique, d’autres qu’il l’a observée sur des gravures anciennes, dans un livre d’histoire… Quoi qu’il en soit, après quelques hésitations, il expérimente la technique sur ses rizières. Les canetons sont lâchés en juin, puis récupérés en septembre avant la récolte. Et le résultat est probant ! Les canards se nourrissent des insectes sans abîmer les plants de riz, qu’ils n’apprécient guère. Ce qu’ils aiment, en revanche, ce sont les mauvaises herbes qu’ils déterrent en grattant le sol avec leurs pattes. Ce faisant, ils contribuent à oxygéner l’eau et à augmenter la productivité du riz. Quant à leurs déjections, elles constituent un excellent engrais naturel qui fertilise la terre !

Certes, les premières années, Takao doit faire face à plusieurs difficultés. Tantôt ce sont les épidémies qui déciment ses canards, tantôt ce sont des hardes de chiens sauvages. Mais, tel un Shōsuke des temps modernes (dans le chef d’œuvre de Sanpei Shirato Kamui-Den, Shōsuke est un domestique ingénieux, qui rêve de devenir un agriculteur indépendant dans le Japon féodal), Takao est résilient et plein de ressources. Il installe des enclos électrifiés, améliore petit à petit son « riz au canard » et développe un savoir-faire unique. Bientôt, il introduit même des poissons dans les rizières, créant une véritable symbiose entre les différentes espèces, animales et végétales.

Dans la ferme, les rendements du riz sont 30 % supérieurs à ceux des fermes avoisinantes. Ils sont équivalents à ceux du riz cultivé avec des engrais et des pesticides. D’ailleurs, comme Takao n’achète pas d’intrants, il fait d’importantes économies. Et puis, il vend quelques canards, diversifiant ainsi ses sources de revenus. Rapidement, sa méthode intéresse les chercheurs de l’université de Kyūshū qui lui demandent de s’atteler à une thèse pour diffuser son savoir. Celle-ci donnera lieu à un best-seller, Le Pouvoir du canard, paru en 2000. Comme le Printemps silencieux avant lui, ce livre va pousser toute une génération de paysans à se lancer dans l’agriculture biologique.

Aujourd’hui, Takao Furuno voyage à travers le monde pour « évangéliser » les autres riziculteurs et invente sans cesse de nouveaux procédés dans sa petite « ferme-miracle ».

Crédits : © Shamengo - Takao Furuno

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