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C’est fou ce qu’on peut faire avec des crevettes !

Découvert au Wyss Institute de Harvard, un bioplastique biodégradable conçu à partir de carapaces de crevettes ouvre de grandes perspectives pour l’industrie de l’emballage et la médecine.

Le Shrilk est un bioplastique biodégradable qui reproduit les propriétés de souplesse et de résistance des ailes de papillon.

Aujourd’hui, 14 % seulement des 311 millions de tonnes de déchets plastiques rejetés dans le monde sont recyclés. C’est très insuffisant, mais cela pourrait changer grâce à des idées comme celle de Javier G. Fernandez.

Docteur en nanostructures, ce scientifique de l’institut Wyss pour l’ingénierie biologiquement inspirée de Harvard est un spécialiste des bioplastiques, en particulier des biopolymères issus du vivant (végétaux, animaux). La plupart d’entre eux sont issus de la cellulose renouvelable, mais ont pour inconvénient de ne pas se dégrader totalement et d’avoir une utilisation limitée aux emballages ou récipients alimentaires.

Sous l’égide du directeur du Wyss Institute, Donald E. Ingber, Javier G. Fernandez propose d’utiliser les carapaces de crevettes, plus exactement le chitosane présent dans ces peaux. Cette forme de chitine est la deuxième matière organique la plus abondante sur Terre… après la cellulose. On la retrouve sur les exosquelettes des insectes ou les ailes de papillon, par exemple.

Crevette et soie

En s’inspirant du biomimétisme, Javier G. Fernandez combine alors le chitosane des carapaces de crevettes à de la protéine de soie, puis assure l’étanchéité du matériau avec de la cire d’abeille. Le Shrilk ‒ contraction de shrimp, crevette et silk, soie ‒ est né.

Le procédé évolue au fil des ans, avec une découverte fondamentale : la géométrie moléculaire du chitosane est sensible à la méthode utilisée pour le formuler. En clair, il faut trouver un mode de fabrication qui préserve l’intégralité de la structure naturelle pour en conserver toutes les propriétés mécaniques.

La méthode est mise au point en 2014 : un Shrilk souple, résistant et transparent est conçu. Sa couleur peut même être modifiée facilement en changeant le taux d’acidité du chitosane. Le gobelet du futur, très économique et écologique, peut voir le jour grâce à une poignée de crevettes ! Cela vaut à Javier G. Fernandez de recevoir le prix du jeune chercheur en science des matériaux de la Fondation Bayer.

Un bioplastique qui se transforme en engrais

Ce bioplastique à base de carapaces de crevettes dispose d’un autre atout de taille : il se dégrade en trois semaines, en libérant des éléments nutritifs pour les plantes et les sols. Bref, le biopolymère à base de chitosane est aussi un fertilisant naturel ! Un potentiel énorme pour les gros producteurs mondiaux de crevettes que sont le Honduras, l’Inde ou le Vietnam.

D’autres tests sur le Shrilk permettent de constater qu’il peut être moulé ou injecté exactement comme le plastique issu de la pétrochimie. Sa constitution naturelle en fait un matériau du futur non seulement pour l’industrie de l’emballage, mais aussi pour le secteur médical. Car il est biocompatible avec le corps humain. Suture, régénération des tissus, la liste semble prometteuse. Et pour les allergiques aux crustacés, pas de crainte, la peau n’est pas allergisante !

Reste à passer du laboratoire à l’exploitation industrielle pour ce matériau prometteur, déjà estampillé « l’un des 5 matériaux qui peuvent changer le monde » par le quotidien britannique The Guardian.

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