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De la bouse d’éléphant au papier : une alternative insolite à la déforestation

Récoltées et traitées, les déjections d’un éléphant adulte permettent de fabriquer du papier de qualité. Un recyclage expérimenté en Afrique, en Asie et en France.

Un éléphant adulte produit 50 kg de fumier par jour, soit un potentiel de 115 feuilles de papier.

Savez-vous qu’il est possible de fabriquer du papier à partir des déjections des éléphants ?! L’animal herbivore non ruminant consomme en moyenne 200 à 250 kg de nourriture par jour, essentiellement des plantes et des fruits. Ceci permet d’obtenir 50 kg de fumier, lequel pourra donner, une fois traité, 115 feuilles de papier.

Le processus est très simple. Le pachyderme ne digère pas la cellulose contenue dans les végétaux qu’il ingère. Cette cellulose, qui est une matière fibreuse, est récupérée, lavée, bouillie pendant 4 heures, séchée puis traitée comme une pâte à bois classique. À l’arrivée, on obtient du papier naturel, sans odeur et totalement exempt de bactéries.

On savait déjà que la bouse d’éléphant était un antimoustique puissant. On sait aujourd’hui que c’est aussi un moyen insolite de fabriquer du papier… sans couper d’arbres.

Origine Kenya

C’est au Kenya, en 1994, qu’un entrepreneur local, John Matano, a l’idée de récupérer et d’utiliser les déjections animales pour les transformer en papier. Dix ans plus tard, son projet pilote aboutit à la commercialisation des premières feuilles. Aujourd’hui, sa société Nampath Paper emploie 42 personnes. Et 17 sites développent cette activité industrielle dans le pays.

Le terrain de « récolte » privilégié est le Sanctuaire de Mwaluganje, au sud de Mombasa. Créé en 1993 pour servir de corridor de migration pour les animaux, entre la réserve de Shimba Hills et la forêt de Mwaluganje, il a aussi permis de venir en aide à 200 agriculteurs locaux.

Sous l’égide de l’agence gouvernementale Kenya Wildlife Service, de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et de la fondation britannique Born Free, ce sanctuaire a fait le choix d’impliquer fortement la population locale. Sa création a permis de pacifier les relations entre les populations et les pachydermes. L’initiative favorise en effet la protection des éléphants tout en offrant des ressources alternatives aux habitants qui récoltent les bouses. Elle permet enfin de lutter efficacement contre la déforestation illégale.

En Asie et en France aussi

De semblables initiatives fleurissent en Asie, l’autre terre des éléphants. Au nord de la Thaïlande, près de Chiang Mai, l’Elephant Poopoopaper Park est un vaste parc écologique qui met en avant son implication environnementale en œuvrant, lui aussi, pour la fabrication du papier à partir de bouses d’éléphants.

Sans ajout de chlore et teintés avec des pigments non chimiques, les papiers 100 % naturels fabriqués sur le site permettent d’aider les populations locales, en particulier les femmes.

En France, dans l’Aude, le Moulin de Brousses, dernier moulin à papier du Languedoc, fabrique aussi du papier à partir... des excréments d’éléphants. Pour ce qui est de la matière première, les responsables du moulin se fournissent tout simplement à la Réserve africaine de Sigean, située tout à côté.

Certes, les quantités de bouses récoltées et de papier fabriqué sont minimes, mais l’initiative sensibilise elle aussi au risque de la déforestation illégale et à la cause des éléphants.

Image principale : Poopoopaper

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