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À Java, en Indonésie, les résidus de tofu sont transformés en énergie verte !

Dans le village de Kalisari, sur l’île indonésienne de Java, les jus de pressage du tofu fabriqué sur place sont récupérés et recyclés. Ils produisent du biogaz convertible en énergie 100% verte.

Pour devenir du tofu, le lait de soja est caillé avec des enzymes coagulantes (sel ou ingrédients acides) puis pressé. Le jus récupéré peut alors être transformé en biogaz.

À Java, la production de tofu est une tradition ancestrale de l’île de l’archipel indonésien. Dans le village de Kalisari, 150 petits producteurs œuvrent ainsi depuis des générations pour transformer le lait de soja en tofu.

Le caillage du lait de soja avec des coagulants (sel ou ingrédients acides) donne la fameuse pâte blanche, laquelle est ensuite pressée, égouttée puis découpée en petits cubes. C’est le jus très acide récupéré à l’issue de cette opération qui fait l’objet d’un projet pilote de recyclage.

Déposé dans l’un des digesteurs installés au village, ce « petit lait » additionné d’eau fermente et, par un procédé de méthanisation, se transforme en biogaz dans les cuves et non... dans l’atmosphère. Le biogaz alimente ensuite des turbines à vapeur qui produisent de l’électricité pour les fours, les réchauds et l’éclairage du village. Aujourd’hui, les cinq digesteurs fonctionnent à plein et procurent chacun de l’énergie verte pour cent maisons.

Les bienfaits de ce réemploi sont multiples. D’abord, il faut rappeler que, laissés à l’air libre les résidus liquides de tofu émettent du méthane, un gaz à effet de serre au pouvoir de réchauffement vingt fois plus puissant que que celui du dioxyde de carbone. Comme les résidus très acides du tofu sont souvent déversés dans les caniveaux, ils polluent les rivières, appauvrissent les sols agricoles et fragilisent les rizières indonésiennes.

Les récupérer et les recycler s’avère donc un bienfait pour l’environnement et présente en outre un intérêt concret pour les habitants. Le plus immédiat est de leur apporter une énergie trois fois moins chère que le GPL et, surtout, disponible immédiatement, un avantage considérable dans une île où‘approvisionnement énergétique est aléatoire.

Recycler les résidus de tofu : une démarche utile et vertueuse

Soutenue par l’administration locale et par l’organisation non gouvernementale néerlandaise Hivos particulièrement impliquée dans les projets de développement des énergies renouvelables en Indonésie, l’expérience menée à Kalisari est exemplaire.

Il faut dire que l’archipel composé de 1 700 îles et qui abrite 250 millions d’habitants est le 7e plus gros émetteur de CO2 de la planète, selon le Global Carbon Atlas 2014. Le pays s’est donné pour objectif d’utiliser un quart de son énergie issue du renouvelable d’ici à 2025.

Le recyclage des déchets représente donc un enjeu majeur, et le potentiel avec le tofu est non négligeable dans l’une des régions où il est produit en quantité importante.

À Kalisari, le succès du recyclage du jus de tofu est tel que la demande est désormais supérieure à l’offre. Les villageois attendent avec impatience un nouveau digesteur qui augmentera la production de biogaz et offrira de l’énergie à d’autres petits producteurs. Le gouvernement local affiche son ambition : devenir un village éco-énergétique sans pollution.

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