Les toilettes qui recyclent les déchets humains

Des scientifiques ont imaginé un cabinet sans chasse d’eau qui permet de recycler les déchets humains. Des toilettes du futur, qui préservent l’environnement et la santé.

Dans les pays développés, aller au « petit coin » est aussi simple qu’allumer une lampe ou faire couler de l’eau potable d’un robinet. Ce n’est pas le cas partout dans le monde. 2,5 milliards de personnes ont recours à la défécation à l’air libre ou n’ont pas accès à des installations sanitaires adéquates. 2,1 milliards de citadins utilisent des équipements de mauvaise qualité. Les conséquences de cette situation sont dévastatrices pour la santé humaine et l’environnement. C’est la raison pour laquelle la Fondation Bill & Melinda Gates a lancé le « Reinvent the Toilet Challenge ». L’objectif : permettre un accès universel à des services sanitaires sûrs et durables en soutenant les projets les plus ambitieux. Pour bénéficier des subventions accordées dans le cadre du programme, les toilettes du futur doivent remplir plusieurs critères : éliminer efficacement les bactéries issues des déchets humains tout en valorisant les ressources ;  fonctionner « off the grid », c’est-à-dire sans raccordement aux réseaux d’eau, d’électricité ou au tout-à-l’égout ; coûter moins de 5 centimes de dollars par utilisateur et par jour ; promouvoir des modèles de services et d’entreprises durables et rentables, capables d’opérer dans des zones urbaines pauvres.

Les Nano Membrane Toilet de l’université britannique de Cranfield répondent à tous ces critères.

Et c’est grâce au financement de la Fondation Gates, d’un montant de 700 000 dollars, que l’équipe de chercheurs a pu développer un prototype innovant de cabinet sans chasse d’eau, au fonctionnement aussi complexe qu’ingénieux.

Les urines et les excréments sont évacués, sans eau, dans un réservoir grâce à un mécanisme rotatif. La séparation des matières solides et liquides s’effectue par sédimentation. Puis, des membranes de nanofiltration permettent la vaporisation ‒ le passage à l’état gazeux ‒ du liquide. Ce procédé garantit une épuration parfaite, éliminant tous les pathogènes présents dans l’urine. La vapeur d’eau passe ensuite à travers un tube, rempli de petites billes, dans lequel elle est condensée. Redevenue liquide, l’eau filtrée peut dès lors être réutilisée pour différents usages domestiques : le ménage ou l’arrosage des plantes. Quant aux déchets solides, après avoir été drainés, ils sont stockés dans un compartiment hermétique et recouverts de paraffine afin de bloquer les mauvaises odeurs et d’empêcher la transmission des bactéries. Sans eau, les super-toilettes de l’université de Cranfield fonctionnent également sans électricité. Elles sont alimentées à coups de pédale ou de manivelle ‒ manivelle fournie avec le dispositif qui peut aussi servir pour les petits appareils électroniques, un téléphone portable ou une lampe de poche, par exemple.

Toutes les semaines, un technicien récupère les déchets solides pour les amener dans une usine de valorisation thermique ou les vendre en tant que fertilisants. Les Nano Membrane Toilet permettent ainsi non seulement de recycler l’eau et les excréments, mais aussi de fournir un revenu supplémentaire aux populations locales chargées de leur maintenance. Les premiers dispositifs devraient être installés au Ghana cette année, améliorant ainsi les conditions de vie et la santé de centaines de personnes !

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