Steve Hall © Hedrich Blessing

Penser pour moins dépenser

Luminaires en baleines de parapluie, murs en moquette ? Exposés au Pavillon de l’Arsenal, 75 bâtiments rivalisent d’imagination pour sauver la planète… grâce au réemploi !

75 bâtiments remarquables d’ingéniosité prouvent, de l’Europe à l’Asie, que troquer des parpaings contre des déchets, c’est possible… et même joli !

Dans les fins fonds de l’Alabama, la maison Lucy Carpet, conçue par l’agence Rural Studio, possède des murs en moquette. Dans la banlieue chic de Sidney, la Tinshed House de l’architecte Rafaello Rosselli est, elle, bardée de tôle ondulée, tandis que la Villa Welpeloo, imaginée aux Pays-Bas par Superuse Studios, constitue à elle seule un manifeste en faveur de la récupération : fondations en coquillage, bardage en enrouleurs de câble, isolant en polystyrène expansé et fixation des luminaires… en baleines de parapluie usagées ! Jusqu’au 25 janvier 2015, ces bâtiments de bric et de broc montrent leurs improbables structures au Pavillon de l’Arsenal, à Paris. En tout, 75 réalisations remarquables d’ingéniosité, pour des architectes maestros de la récup’ : de l’Europe à l’Asie, ces constructeurs prouvent, avec leurs édifices atypiques, que troquer des parpaings contre des déchets, c’est possible… et même joli ! «  Tous ces bâtiments sont très différents, précisent  Nicola Delon et Julien Choppin, commissaires de l’évènement, car ils dépendent du contexte ! De façon générale, on assiste à la réinvention d’une architecture locale, enracinée dans un lieu, grâce à des matériaux trouvés sur place et réinterprétés. ».

Au rythme d’une piscine olympique de béton toutes les 15 secondes

La fin de la page blanche pour l’architecte, qui se retrouve donc à jongler avec plusieurs matériaux, trouvés sur le terrain, pour construire sa maison. Une contrainte, mais aussi un formidable bonus : joliment titrée « Matière grise », l’exposition se fait donc hymne à la créativité. De la Slow Residence, maison préfabriquée par les étudiants du collectif Design Build Bluff pour une réserve Navajo dans l’Utah, à la dnA House, édifice cruciforme en briques de réemploi conçu par BLAF Architecten en Belgique, les résultats sont donc enthousiasmants et devraient déchaîner les vocations d’architecte... frugal. D’autant que les chiffres des experts pourraient donner à plus d’un maître d’œuvre des envies de fouiller dans les poubelles : au rythme d’une piscine olympique de béton consommée toutes les 15 secondes, la planète serait à court de matériau de construction dans 35 ans... Heureusement, « si le monde présente des ressources finies », concluent les commissaires de l’exposition Matière Grise, « les ressources intellectuelles, elles, sont infinies », et tous ces édifices le prouvent ! Pour celles et ceux qui douteraient encore des prouesses de l’imagination et de l’intelligence collectives, il n’y a peut-être plus qu’à passer par Bruxelles : le nouveau siège  du Conseil de l’Union européenne, conçu par l’agence Philippe Samyn & Partners, y possède une façade… en vieilles fenêtres. Réalisé grâce à l’implication d’un brocanteur belge, le dispositif a nécessité la mobilisation d’un immense réseau de collecte dans tous les États membres, et le relevé, patient et précis, des mesures de chaque cadre de bois. Si le concept était osé, on ne peut aujourd’hui rêver plus belle vue sur le futur...

En savoir plus :

- Page Facebook du Pavillon de l’Arsenal
- Compte Twitter du Pavillon de l’Arsenal

 
 

Image principale : Steve Hall © Hedrich Blessing

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