Quand l’écorce d’orange préserve l’écorce terrestre

Détecter et nettoyer la pollution au mercure à partir de peaux d’orange et de sulfure ? C’est possible. Des chercheurs australiens ont réussi à le faire !

En partant d’un fruit et d’un accident, ils pourraient avoir beaucoup en commun avec les sœurs Tatin et leur célèbre tarte. Mais la comparaison s’arrête là. Car leur découverte n’est pas culinaire, mais bien révolutionnaire. À Adélaïde, au sud de l’Australie, les laboratoires de l’université de Flinders ont été le théâtre d’une incroyable découverte. Souhaitant créer un polymère à partir de déchets organiques recyclés, le docteur Justin Chalker et son équipe ont en fait inventé un aspirateur à mercure.

Des déchets d’orange et de pétrole enfin valorisés

Chaque année, l’industrie du pétrole produit 70 millions de tonnes de sulfure, des sous-produits considérés comme des déchets. Idem pour les peaux issues de l’agro-industrie des agrumes ‒ 70 000 tonnes par an ‒ qui partent à la poubelle. Or, l’huile d’orange contient une substance, le limonène, qui, à la rencontre du sulfure dans le laboratoire du docteur Chalker, a donné naissance au soufre-limonène polysulfure. Son pouvoir : il se lie aux métaux lourds, comme le mercure.

Il vire au jaune face au mercure

Formant une sorte de caoutchouc rouge sombre, ce matériau change de couleur lorsqu’il est exposé au mercure. Il suffit de le plonger dans les fleuves, lacs et rivières pour mesurer leur taux de pollution. Mieux, ce polymère peut même capter le mercure hors de l’eau. Celle-ci ne nécessiterait ensuite que peu de traitements pour devenir potable, selon les chercheurs d’Adélaïde.

De l’océan à notre assiette

Résultat : l’équipe du docteur Chalker réfléchit à employer ce matériau pour nettoyer le mercure du sol et des eaux souterraines, ou comme revêtement dans des dispositifs de transport et de filtration de l’eau. Une bonne nouvelle, car le mercure est un perturbateur endocrinien aux conséquences néfastes avérées. Rien que dans les océans, sa concentration a triplé en 100 ans. En se logeant dans la chair des poissons, le mercure finit dans notre assiette.

comments powered by Disqus