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C’est (pas) sourcier !

Certains les considèrent comme des êtres à part, voire des sorciers, d’autres comme des charlatans. Quoi qu’il en soit, après quelques centaines d’années, leur mystère reste entier.

Une paire de baguettes en bois à la main, liées l’une à l’autre pour former un « V », le sourcier parcourt le terrain sous lequel propriétaires et autres exploitants espèrent trouver de l’eau, pour construire un puits, ou alimenter leurs serres. Il marche, lentement, silencieusement, les baguettes bien horizontales devant lui, puis s’arrête : comme sous l’effet d’une force invisible, voilà qu’elles pointent violemment vers le sol, indiquant une source d’eau. A priori, il n’y a plus qu’à creuser. A priori.

Une recette de grand-père

Autant de questions qui convergent vers une seule évidence : sans eau, aucune vie n’est possible.

Si les sourciers d’aujourd’hui peuvent acheter leur matériel dans des boutiques ésotériques des grandes villes, leur discipline remonte à l’Antiquité. Esquimaux, Sumériens, Égyptiens, Hébreux, Celtes, Grecs, Romains… Tous comptaient parmi eux des hommes capables de détecter la présence d’eau, de métaux et de trésors sous leurs pieds. Mais les fameuses baguettes leur servaient aussi à communiquer avec les dieux à des fins divinatoires. Au XVe siècle, des alchimistes allemands redonnent un coup de jeune à la discipline en la baptisant « rhabdomancie » (du grec rhabdos, baguette, et manteia, divination). L’Occident se voit conquis, doucement mais sûrement. Philosophes et écrivains défendent leur foi en ces tiges que les ouvriers mineurs portent, paraît-il, à la ceinture. Des tiges de figuier, de joncs ou de rotin bien rudoyées par l’histoire : tandis que Luther en condamne l’usage, une centaine d’années plus tard, le baron de Beausoleil et son épouse découvrent grâce à elles, sous le règne de Louis XIII, près de 150 mines dans toute la France. Pour les baguettes, c’est le succès assuré à l’échelle européenne. C’était compter sans l’ère industrielle à venir, qui allait offrir une invention majeure : les canalisations… Plus besoin de chercher des points d’eau, celle-ci est maintenant acheminée là où il faut. Néanmoins, et heureusement pour les sourciers, il existe encore de nombreuses zones non irriguées, dont les propriétaires espèrent qu’elles dissimulent des nappes phréatiques.

Mystère et boule de plomb

Pour que « sourcellerie » et « sorcellerie » cessent d’être confondues, il a fallu attendre les premières recherches scientifiques sérieuses. D’abord, celles du chimiste Michel-Eugène Chevreul qui, en 1810, démontre que les mouvements du pendule dont le sourcier se sert pour localiser les courants d’eau souterrains sur une carte, proviennent d’une autosuggestion de ce dernier, et non d’une force obscure. Puis, plus tard, celles du physicien Yves Rocard. En 1962, le scientifique explique que le sourcier est simplement un être plus sensible que nous autres au champ magnétique terrestre, modifié par la présence d’eau. Ce serait donc la réaction du champ magnétique de l’homme aux forces telluriques en présence qui ferait tourner son pendule et pointer ses baguettes. Pourtant, tout sourcier qui se respecte travaille à partir de « conventions mentales », aux allures de formules magiques. « Je désire me rendre sensible aux radiations de l’eau sous mes pieds et uniquement à celle-ci », prononce-t-il avant de se mettre à l’ouvrage.

Alors, que penser ? La sourcellerie serait-elle une science teintée d’ésotérisme, ou de l’ésotérisme s’appuyant sur la science pour asseoir sa crédibilité ? Quoi qu’il en soit, plusieurs expériences rigoureuses ont démontré qu’un sourcier n’obtenait pas de résultats supérieurs au hasard. De plus, aucun sourcier digne de ce nom ne se lance sans s’être préalablement renseigné sur la nature du sol qu’il compte inspecter, ainsi que sur sa végétation, excellent indicateur d’eau souterraine. Enfin, il faut bien admettre qu’en Europe, une nappe d’eau souterraine n’est pas aussi difficile à localiser qu’une aiguille dans une botte de foin...

Pourtant, le métier de sourcier perdure. On peut alors se demander comment nos aïeux s’y prenaient, eux, pour trouver de l’eau, sans nos moyens actuels… Le mystère reste entier, et les doutes empreints d’indulgence : après tout, les sourciers ne font que trouver de l’eau (ou non).

Image principale : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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