La REcyclerie

Conférence à La REcyclerie : l’économie circulaire au service du développement économique des territoires

Création d’emplois, relocalisation de la production, nécessité de collaborer… Pour sa cinquième et dernière conférence de l’année à la REcyclerie, la fondation Veolia est revenue sur les impacts de l’économie circulaire sur l’économie des territoires.

Dans le cadre de son programme « L’Europe des possibles », dont l’objectif était de mettre en lumière les initiatives des pays européens en matière de développement durable, la fondation Veolia a développé un cycle de 5 conférences thématiques baptisées les « conférences 2C ». Organisées en partenariat avec l’École des Ponts ParisTech, l’Institut de l’économie circulaire, l’association CliMates et la fondation Ellen MacArthur, ces conférences ont eu lieu à la REcyclerie tout au long de l’année 2016. Elles ont réuni de nombreux experts afin d’expliquer les différents enjeux de l’économie circulaire aux jeunes et aux étudiants.

La cinquième et dernière conférence du cycle s’est déroulée mardi 22 novembre, autour du thème de l’impact de l’économie circulaire sur le développement économique des territoires.

Qu’est-ce que l’économie circulaire ?

On parle d’économie circulaire en opposition au système économique traditionnel basé sur une approche linéaire : produire - consommer - jeter. Juliette Pouzet, chargée de mission chez Veolia, le rappelle : ce type de modèle économique repose sur des hypothèses erronées. En effet, pour maintenir notre rythme de production et de consommation actuel, il faudrait que les matières premières soient inépuisables, que la transformation de ces matières en produits finis n’émette pas de carbone et enfin, que l’élimination des déchets ne soit pas source de pollution.

La réalité est tout autre. L’homme a extrait tellement de matières premières du sol, que la première source d’approvisionnement se trouve aujourd’hui… dans les objets ! Pour continuer à utiliser les matières, nous devons donc apprendre à les récupérer dans nos déchets. C’est le principe de l’économie circulaire.

L’impact sur l’emploi et la croissance

« Il y a de l’or dans nos poubelles. » Voilà une assertion que l’on entend souvent. Pourtant, pour exploiter ce gisement précieux, il est indispensable de mettre en place une industrie de transformation des déchets en ressources.

Cette industrie engendrerait la création de nombreux emplois. Emeric Fortin, professeur à l’École des Ponts ParisTech, en recense trois types : les emplois nécessaires au tri des déchets, ceux liés aux opérations de traitement et de transformation, et enfin les emplois dédiés à l’écoconception. C’est-à-dire la conception des produits dans une optique circulaire : fabriqués avec des matières recyclées et dont on peut récupérer la matière lorsqu’ils arrivent en fin de vie.

L’enjeu de l’économie circulaire est également celui de la relocalisation des activités sur les territoires. Notre modèle économique actuel repose sur l’externalisation de la production industrielle et l’importation de nos ressources. Or, si l’on parvient à récupérer la matière incorporée dans nos objets, il n’y aurait aucun sens à la renvoyer à l’étranger. L’enjeu consiste donc à valoriser cette matière première secondaire au sein même des territoires. « Cela interroge de manière systémique notre modèle économique puisqu’il s’agirait de se remettre à produire localement », indique Emeric Fortin. Tout le potentiel de l’économie circulaire est là : réussir à créer un nouveau tissu d’acteurs autour de l’activité de valorisation des déchets et faire en sorte que cette nouvelle chaîne de valeur génère de l’emploi.

Dans son rapport Growth Within, publié en juin 2015, la fondation Ellen MacArthur estime que l’économie circulaire pourrait générer bien plus de croissance et d’emplois que notre modèle de développement actuel. D’ici 2030, l’Europe pourrait ainsi réaliser un bénéfice net de 1 800 milliards de dollars et augmenter le revenu des foyers de 11 % (soit 3 000 euros par foyer).

Un cas d’étude en Hongrie

En 2013, la ville de Pécs, en Hongrie, a fait appel à Veolia pour moderniser son usine de production électrique tout en réduisant son empreinte carbone.

Jusqu’alors, l’usine fonctionnait au gaz, une énergie fossile non renouvelable et génératrice de CO2. Veolia a proposé de remplacer la centrale au gaz par une unité biomasse, fonctionnant aux déchets de bois et de paille. Deux ressources locales présentes en grande quantité dans les exploitations agricoles alentour.

La combustion du bois et de la paille génère suffisamment d’énergie pour couvrir la totalité des besoins en électricité et en chauffage de 150 000 habitants. Résultat : Pécs est la seule ville d’Europe à être totalement indépendante en énergie en exploitant ses ressources locales. Grâce à l’unité biomasse, l’émission de 400 000 tonnes de CO2 peut être évitée chaque année. De plus, 170 emplois ont été créés pour gérer les filières d’approvisionnement de la paille et du bois. Voilà l’exemple d’un système circulaire qui a un impact direct sur l’économie d’un territoire.

La coopération territoriale, principal enjeu de l’économie circulaire

Alors, si le modèle de l’économie circulaire est si vertueux, pourquoi n’est-il pas déjà plus répandu ? Parce qu’il est parfois complexe et parce qu’il nécessite beaucoup de coordination. « Or, cette coordination n’est pas toujours naturelle entre les acteurs d’un même territoire », explique Adrian Deboutière de l’Institut de l’économie circulaire.

En France, ce sont les régions qui ont pour rôle de mettre en relation les différents acteurs publics et privés, afin d’optimiser les flux de matières et de mettre en œuvre des boucles courtes. Il peut s’agir de mutualiser des services ou des équipements, et bien sûr, de valoriser les déchets des uns en ressources pour d’autres. Par exemple, en Normandie, une boucle locale a été créée entre des cantines qui cherchaient à valoriser leurs déchets organiques et des réseaux d’agriculteurs qui rencontraient des difficultés pour s’approvisionner en compost.

« L’écologie industrielle s’appuie sur la coopération comme moteur du développement économique », explique Adrian Deboutière. Chaque acteur doit devenir partie prenante de l’économie circulaire au niveau local : les acteurs publics et privés, mais aussi les consommateurs. « Tout le monde a un rôle à jouer dans la transition vers une économie circulaire », conclut Bénédicte Niel de l’association CliMates. À bon entendeur...

Restez informé : les conférences 2C reprendront en 2017 avec le nouveau programme de la REcyclerie.

En savoir plus :

- Hongrie : et si vous visitiez la centrale biomasse de Pécs ?
- twitter.com/LivingCircular/

Image principale : La REcyclerie

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