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Des invendus au menu

À Paris, Bristol ou Londres, des restaurants « freegan » proposent une autre façon de consommer : ils ne cuisinent qu’avec des aliments récupérés avant qu’ils ne deviennent des déchets.

Chaque Français jette en moyenne 20 à 30 kg de nourriture par an, ce qui représente 12 à 20 milliards d’euros mis à la poubelle.

Près de la porte de la Villette à Paris, du vendredi au lundi soir, on cuisine. Mais différemment. Dans un local de 1 000 m2, niché entre béton et périphérique parisien, le Freegan Pony met les invendus de Rungis dans les assiettes. Dans ce restaurant antigaspi, comme dans de nombreux autres restaurants parisiens, la journée commence à l’aube par un trajet vers le plus grand marché alimentaire d’Europe. L’objectif n’est pas d’acheter, mais de récolter les fruits et légumes impropres à la vente. Soit en moyenne 150 kg par jour de denrées qui normalement auraient dû partir à la benne.

Moins de marchandises pour moins de déchets

Chaque année, rien qu’en France, 1,2 million de tonnes de nourriture finissent à la poubelle. Ce qui représente au moins 20 kg d’aliments jetés par personne et par an, dont 7 kg sont encore emballés, selon l’Ademe. C’est pour lutter contre ce gaspillage et la pollution générée par ces déchets qu’est né dans les années 1990 aux États-Unis le mouvement freegan (contraction de free, gratuit, et de vegan, végétarien). Son credo : mettre fin à la boulimie de marchandises, aux aliments à profusion, aux cycles de vie trop brefs et aux transports trop longs.

À partir des années 2000, ce courant alternatif fondé sur la récupération, l’entraide, les circuits courts ou encore l’échange de compétences est sorti des cuisines avec la permaculture ou encore l’upcycling, qui se répand notamment au travers des ressourceries.

« God save the bin »

Aujourd’hui, cette idée de restos qui font les poubelles chemine dans toute l’Europe. Cousin du Freegan Pony à Paris, le Skipchen à Bristol (Angleterre) s’alimente à partir des déchets de supermarchés. Dans le nord-est de Londres, à Hackney, où l’on applique le « pay what you feel » – payez le prix que vous estimez le plus juste –, le Save the Date Cafe prépare des repas à partir des invendus des restaurants et magasins voisins.

Avec quelques euros et un peu d’imagination aux fourneaux, ces restos « déchétariens » ont trouvé leur clientèle. Chaque soir d’ouverture du Freegan Pony, les Parisiens attirés par le concept se serrent autour de tables chinées chez Emmaüs, seconde vie oblige.

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