Un cratère dans la Vallée de la Mort

La Californie au régime sec

Ici, l’eau manque tant qu’on l’économise autant que possible. Il ne s’agit pas d’un désert africain, mais d’une petite commune de 7 300 habitants, près de Los Angeles, en Californie.

« C’est le genre de choses que nous arrivons à prédire. »

Bienvenue à East Porterville. Vous souhaitez prendre une douche ? Vous avez trois possibilités : faire partie des rares chanceux qui ont encore de l’eau chez eux, aller puiser cette dernière dans une citerne d’urgence récemment installée à cet effet, ou… ne pas vous laver. Ceci n’est pas de la science-fiction, mais bien le sort des habitants de cette petite ville californienne depuis quelques années.

La goutte d’eau qui manque au vase

D’après le Los Angeles Times, la sécheresse qui dure depuis plus de 4 ans est la pire que la Californie ait connu depuis 1 200 ans. Et au vu du tableau qui se dresse d’East Porterville, devenue l’emblème du phénomène, nous le croirons volontiers : 400 puits à sec ; des nappes phréatiques qui ne tarderont pas à l’être aussi ; le coût trop élevé d’un réservoir d’eau personnel ; la nécessité pour les agriculteurs d’abandonner certaines de leurs terres devenues impossibles à cultiver, mais aussi la nécessité de distribuer de l’eau minérale à plus de 1 000 habitants sur 7 300 résidents, car ils n’ont plus d’eau courante et sont contraints de consommer un liquide saumâtre… Voilà autant de chiffres qui témoignent de la gravité de la situation.

Cadre de camion antique rouillant dans le désert

Cadre de camion antique rouillant dans le désert

Quand l’impossible se produit

Ce phénomène n’est pas un cas isolé. De manière générale, la consommation d’eau non potable constitue déjà un problème majeur de santé publique – quand il y a de l’eau… Lorsque ce n’est même plus le cas, les conséquences s’accumulent : dégradation des terres agricoles, pauvreté, famine, conflits, et évidemment, migrations massives. D’ici 2020, près de 60 millions de personnes seraient contraintes de quitter les déserts de l’Afrique subsaharienne pour gagner les pays d’Afrique du Nord et d’Europe, à cause de la sécheresse (une situation que l’on appelle le stress hydrique). D’ailleurs, cette perspective ne date pas d’hier. Mais lorsqu’elle est transposée dans un pays tel que les États-Unis, la sécheresse revêt un caractère autrement plus spectaculaire. En effet, on se serait  attendu à ce que dans cette région du monde, ce  phénomène ne puisse pas prendre autant d’ampleur et soit rapidement maîtrisé. Il n’en est rien. À East Porterville, chanceux sont ceux qui peuvent prendre une douche chaque  jour… Voilà qui nous rappelle qu’aujourd’hui, aucun pays des hémisphères Nord et Sud confondus n’est à l’abri. Le manque d’eau doit impérativement préoccuper chacun de nous.

Panneau ‘ grave sécheresse - Aidez la sauvegarde de l’eau ’

Panneau ‘ grave sécheresse - Aidez la sauvegarde de l’eau ’

Retrouver l’or bleu

Heureusement, en Californie et ailleurs, des solutions émergent. Au nord de l’État, la SCWA (Sonoma County Water Agency), agence du comté de Sonoma dédiée à l’eau, s’est associée à IBM pour collecter en temps réel et analyser des données essentielles : consommation de l’eau, qualité, mais aussi température, climat et considérations environnementales. À New York, le CWC (Columbia Water Center), soutenu par la Fondation Veolia, a cartographié les risques de pénurie d’eau à l’échelle des comtés, en se basant sur les données de précipitations des soixante dernières années, ainsi que sur la consommation d’eau journalière. De telles initiatives permettent de mieux gérer les ressources disponibles, abordant les problèmes de sécheresse en amont.

Au Mexique, Sergio Rico, ingénieur polytechnicien, révélait en 2012 son invention de la pluie solide, un procédé chimique extrêmement simple permettant d’emprisonner l’eau de pluie dans les zones arides.

Autre solution évoquée pour l’agriculture dans le journal 20 minutes par Rémi Hémeryck, délégué général de l’ONG SOS Sahel : des digues anti-érosives, ou encore la technique du « zaï », qui consiste à casser la croûte d’un sol de glacis très érodé sur une profondeur de 20/30 cm pour y apporter des matières organiques, puis y planter des graines pour obtenir une nouvelle couverture végétale.

En d’autres termes, qu’elles soient ancestrales ou innovantes, ce ne sont pas les techniques qui manquent. Cela dit, simplifier le processus de prise de décision à l’échelle administrative est essentiel. À East Porterville, parallèlement à des questions de territoires, les collectivités comptent beaucoup sur l’État pour résoudre le problème. Une façon de déléguer les responsabilités qui peut se révéler dangereuse. Mais comme le souligne Daniel Griffin, professeur adjoint au département de géographie de l’université du Minnesota, la sécheresse « est le genre de choses que nous arrivons à prédire ». Autrement dit à éviter.

Pour en savoir plus :

- Le site officiel de l’ONG SOS Sahel
- Un documentaire sur la réintroduction du Zaï en Afrique
- Le site officiel de la SCWA

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