Bryce Richter

Libérer les graines !

Après le hardware, l’architecture et le design, c’est au tour de l’agriculture de faire sa révolution open source.

L’Open Source Seed Initiative (OSSI) distribue des semences en copyleft afin qu’elles soient librement utilisées et échangées entre fermiers.

Les heureux bénéficiaires des premières graines open source livrées depuis mai 2014 – 37 variétés (de carottes, de choux, de quinoa, de salades…) en provenance de fermes biologiques américaines – tiennent peut-être entre leurs mains le futur de la biodiversité agricole. Chaque paquet est accompagné d’un message, une sorte de manifeste en faveur de la « libération » des semences. Il stipule qu’elles peuvent être librement cultivées, partagées et vendues.

L’open source donne à chacun la possibilité d’accéder au code source d’un logiciel pour l’étudier, le modifier et le partager. Comme les logiciels propriétaires, les semences peuvent faire l’objet de droits de propriété intellectuelle par le biais de brevets aux États-Unis ou des Certificats d’obtention végétale (COV) en Europe. La réglementation est très stricte ; pour les commercialiser et les échanger, les cultivateurs européens doivent les inscrire dans un catalogue commun des variétés des espèces. En 2012, l’association française pour la protection de la biodiversité alimentaire Kokopelli avait été condamnée pour avoir distribué des semences anciennes non enregistrées. Créée aux États-Unis en 2011, l’Open Source Seed Initiative est née en réaction aux dérives de ces formes d’appropriation du vivant. Les défenseurs des graines libres refusent en effet de considérer les semences comme une marchandise, elles font, selon eux, partie du patrimoine de l’humanité. Déjà en 2009, l’écologiste indienne Vandana Shiva proposait d’appliquer les principes de l’open source aux semences.

Les défenseurs des graines libres refusent de considérer les semences comme une marchandise, elles font, selon eux, partie du patrimoine de l’humanité.

L’OSSI veut offrir une alternative aux graines brevetées dont les conditions d’usage sont strictement limitées. Les instigateurs du projet OSSI ont donc planché sur un équivalent de copyleft pour les semences afin de les maintenir dans le domaine public. À l’image d’autres initiatives consacrées aux semences (citons, par exemple, Seed Freedom), l’OSSI tente de faire perdurer des pratiques ancestrales d’échanges entre cultivateurs et fermiers tout en semant les germes d’une agriculture raisonnée.

En savoir plus :

- Open Source Seed Initiative
- Kokopelli, semeur de vie
- Grâce aux grainothèques, des semences libres dans toute la France

Main picture: Bryce Richter

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