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Place au charbon durable !

Implantée à Phnom Penh, l’entreprise sociale SGFE a développé une alternative durable et efficace au charbon de bois : les charbriquettes, fabriquées à partir de déchets organiques.

À Phnom Penh, les charbriquettes pourraient permettre de sauver quotidiennement 1 200 tonnes de bois en provenance des forêts cambodgiennes.

Une soupe bien chaude, un délicieux amok de poisson accompagné de riz… Voici les éléments d’un repas cambodgien typique, préparé sur un petit four en terre cuite, posé à même le sol, et alimenté par du charbon de bois. Au Cambodge, 80 % des ménages utilisent ce combustible pour la cuisson des aliments. Régie par le secteur informel, échappant à toute réglementation, la production de charbon de bois contribue à la déforestation massive du pays. Notamment dans la province de Phnom Penh, où la demande ne cesse de croître. Comment, dès lors, répondre aux besoins en énergie de la population cambodgienne et assurer un moyen de subsistance aux familles rurales qui dépendent de cette activité, tout en luttant contre ses effets néfastes sur l’environnement ?
 
En réinventant le charbon !
 
Initiée par l’ONG française GERES (Groupe Énergies renouvelables, Environnement et Solidarités) en 2007 dans le cadre de son « Projet pour un charbon durable », l’entreprise Sustainable Green Fuel Enterprise (SGFE) a développé une alternative durable au charbon traditionnel, produit à partir du bois : des petites briques fabriquées uniquement avec des matières organiques recyclées. Implantée à Phnom Penh, SGFE récupère chaque jour des sacs de toile remplis de coquilles de noix de coco, ainsi que d’autres déchets organiques. Après avoir été nettoyés, ces déchets sont carbonisés dans un four, c’est-à-dire transformés en charbon sous l’effet de la chaleur, broyés et façonnés sous forme de briquettes hexagonales, qui sont alors séchées pour réduire leur taux d’humidité. L’efficacité énergétique est assurée à chaque étape du processus, afin de réduire au maximum les émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, la chaleur générée dans les fours lors de la combustion des déchets est réutilisée lors du séchage des briquettes.
 
On obtient alors un combustible plus efficace que le charbon de bois traditionnel (selon SGFE, 1 kg de charbriquettes possède le même pouvoir calorifique que 1,1 kg de charbon de bois), qui brûle plus longtemps et dégage moins de fumée et d’étincelles. Un charbon légal et durable, dont les bénéfices pour l’environnement sont nombreux. Quand on sait qu’il faut 6 kg de bois pour produire 1 kg de charbon et que plus de 200 tonnes de charbon sont acheminées chaque jour à Phnom Penh, un calcul rapide permet de mesurer le bénéfice apporté par les charbriquettes : une économie quotidienne de 1 200 tonnes de bois en provenance des forêts cambodgiennes ! Par ailleurs, que ce soit pendant sa fabrication ou son utilisation par le consommateur final, le charbon de SGFE dégage moins de polluants. Enfin, en détournant une partie des déchets organiques des décharges locales, l’entreprise contribue à améliorer la gestion des déchets et à réduire les émissions de méthane induites par la décomposition des matières organiques.
 
Cette dimension écologique s’accompagne également d’une dimension sociale. Le centre de production de SGFE situé à Phnom Penh emploie des travailleurs issus du programme « Pour un sourire d’enfant » du GERES, qui vise à offrir un emploi à des personnes vulnérables et permettre à leurs enfants d’aller à l’école.

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