© Gregg Segal

De l’art d’accommoder les déchets

Le photographe californien Gregg Segal a fait le portrait d’individus entourés de leurs déchets de la semaine. D’autres photographes, utilisant la même matière, hélas photogénique, alertent sur ce problème de pollution majeur.

Son appareil perché à 4 mètres de hauteur offre une vue plongeante sur un lit de détritus sur lequel sont allongés leurs propriétaires. Avec ses clichés criants de vérité d’une société enlisée dans la consommation, la série 7 Days of Garbage (7 jours d’ordures) fait son effet : entre inconfort et fascination face à cette production envahissante, omniprésente et endémique.

7 Days of Garbage, par Gregg Segal, est présentée dans « THE FENCE », exposition collective au Brooklyn Bridge Park, à New York, jusqu’au mois d’octobre.

Il ne s’agit pas, ici, d’illustrer le syndrome de Diogène, décrivant ceux qui accumulent de façon maladive toutes sortes d’objets sans pouvoir s’en débarrasser, mais bien de sensibiliser les Américains, qui produisent en moyenne 2 kilos de déchets par jour et par personne (soit 50 % de plus que les Européens), sur l’urgence à changer de comportement. En 2008, déjà, Gregg Segal conçoit Detritus, qui interroge aussi sur cette thématique. Il imagine une créature entièrement faite de rebuts, monstre autonome présent dans nos vies. L’ombre de nous-mêmes. Notre double diabolique.

Des tas, des monceaux, des collines, des montagnes de déchets. C’est un paysage inquiétant que d’autres artistes ont approché. Entre 2007 et 2010, Vik Muniz l’a arpenté, depuis la plus grande décharge du monde à ciel ouvert, non loin de Rio de Janeiro. Il réalisera Pictures of Garbage, ou le portrait de six « trieurs », selon la technique du collage qui est sa signature, et dont chaque élément est un rebut. Vendues aux enchères, les recettes des œuvres seront reversées aux habitants de la décharge. Un film, Waste Land, en retrace l’histoire.

L’artiste Chris Jordan ne cesse aussi de dénoncer cette lente apocalypse, telle qu’il la nomme. Voilà dix ans, il réalise Intolerable beauty : portraits of American mass consumption. Bidons d’huile, téléphones portables, circuits informatiques…, envahissent chaque centimètre de l’image, frôlant une abstraction hypnotique. Midway, son projet en cours, glace le sang. Sur une île éloignée de tout, des bébés albatros meurent par le simple fait d’être nourris par leurs parents. Bouchons, briquets, morceaux de plastique : leur estomac photographié ne contient plus que des débris.

La mer toujours, avec Gilles Cenazandotti, artiste plasticien, réalisateur, et Thierry Ledé, photographe. Pour témoigner de ce qu’elle reçoit malencontreusement des hommes et rejette comme elle peut, ils ont créé ClearArtPlanet. En dressant minutieusement l’inventaire de tous ces objets flottants identifiés, en les photographiant, et en organisant des expositions, ils souhaitent interpeler le regard et la conscience des hommes.

Cette pratique photographique au motif obsessionnel touche au comble même de la modernité : l’ordure reste la seule chose bien réelle, dans des vies où résonnent les mots dématérialisation et services. Une discipline des sciences sociales se propose même d’analyser par le menu le contenu de nos poubelles et de considérer ce que cette part jetable dit de notre rapport au monde : la rudologie (du latin rudus : décombres). Montrez-nous vos déchets et nous vous dirons qui vous êtes. Comptons sur le poids des images pour aider à faire évoluer nos comportements.

Pour en savoir plus :

- Découvrez le site de Gregg Segal

 

Another round of #7daysofgarbage

Une photo publiée par Gregg Segal (@greggsegal) le

 
 

Excited to have my series 7 Days of Garbage on The Fence at Brooklyn Bridge Park, unveiled today!

Une photo publiée par Gregg Segal (@greggsegal) le

 

Image principale : © Gregg Segal

comments powered by Disqus