Faire de nouveaux murs avec du vieux

Alors que le recyclage des matériaux est au cœur de nos préoccupations, leur réemploi apporte une réponse verte. Il génère moins de rejets, moins de déchets et moins de pollution.

Imaginé par de nouveaux constructeurs nourris au numérique, le réemploi célèbre l’inventivité et remet l’architecture au centre du cycle de la matière.

Antoine Lavoisier pourrait se retourner dans sa tombe… de plaisir. Le célèbre adage « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » intéresse aujourd’hui toujours plus la construction. La preuve : partout dans le monde, des bâtiments (re)naissent d’anciens matériaux. En Australie, dans un quartier chic de la banlieue de Sydney, cette maison a retrouvé ses tôles ondulées et rouillées d’antan pour créer une nouvelle façade.

Dans un quartier chic de la banlieue de Sydney (Australie) - Copyrights : Raffaello Rosselli © Mark Syke (http://www.marksyke.com)





À Saint-Denis en France, sur la base d’anciens baraquements de chantier de type Algeco, une enveloppe thermique et acoustique a été construite avec des matériaux de récupération – fenêtres comprises – pour aménager une structure d’hébergement d’Emmaüs à destination de familles d’origine roumaine issues de campements voisins.

Structure d’hébergement Emmaüs - Copyrights : Niclas Dünnebacke © Cyrus Cornut




À l’image de l’upcycling, le réemploi demande aussi un peu de matière grise pour détourner les matériaux de leur fonction initiale.

À Stockholm en Suède, dans une ancienne usine textile, des magazines ont été empilés du sol au plafond pour créer les cloisons d’une agence de presse.

Structure d’hébergement Emmaüs - Copyrights : Niclas Dünnebacke © Cyrus Cornut




À Bali, ce club balnéaire de luxe a été habillé d’une enveloppe de fenêtres à claire-voie en teck du XVIIIe siècle, collectées partout dans l’archipel indonésien… Mais il a d’abord fallu rallier le maître d’ouvrage à la cause du réemploi de matériau.

Club balnéaire avec des fenêtres à claire-voie en teck du XVIIIe siècle - Copyrights : Andramatin architect © Iwan Bann





Dans le Massachusetts aux États-Unis, les portiques d’un viaduc autoroutier structurent une villa.
Béton préfabriqué, bardage, carrelage, moquette, briques, isolant… Quand ils ne sont pas recyclés, ces matériaux alimentent par milliers de tonnes les déchetteries. Forcément, leur réemploi ouvre de nouvelles possibilités. Il devient aussi une alternative économique en structurant toute une filière. En Californie, depuis les années 1970, cette pratique a permis la création d’entreprises de déconstruction de bâtiment, et non pas de démolition. Et cet État, berceau du réemploi, a pensé à tout. Il compense même le surcoût éventuel que peut générer la dépose de matériaux… par une déduction fiscale.
Le réemploi est enfin une réponse à la diminution de notre empreinte écologique en réduisant les déchets et la consommation d’énergie : aucune n’est utilisée ni pour les produire ni pour les éliminer. Le meilleur moyen de ne pas la gaspiller.

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