Des mauvaises herbes qui poussent à travers du carrelage de béton

Sauvages de ma rue

Depuis 2011, quelques centaines de citadins explorent les rues de leur quartier à la recherche de la flore qu’elles hébergent. Ils participent au vaste projet de sciences citoyennes « Sauvages de ma rue ». Une véritable chasse au trésor !

L’espace le plus riche d’Île-de-France est le Passage des deux portes, dans le 20e arrondissement de Paris, avec ses 35 espèces répertoriées !

Les plantes sauvages s’installent dans tous les interstices : dans les fissures du bitume, entre les pavés, ou le long des murs… Elles colonisent les trottoirs des villes à l’aide des insectes, du vent et même des hommes, qui transportent leurs graines sans s’en rendre compte. Si nous connaissons bien la pâquerette ou le pissenlit, la plupart d’entre elles nous restent inconnues.

Initié par l’association Tela Botanica et le Muséum national d’histoire naturelle de Paris, le programme Sauvages de ma rue a pour but de permettre aux citadins de reconnaître les végétaux qui peuplent leur ville, les plantes qu’ils croisent quotidiennement dans leur rue, autour des pieds d’arbres, dans les pelouses...

La chasse au trésor est ouverte !

Nul besoin d’être botaniste pour contribuer. Il suffit de choisir une rue et de commencer ses observations. Dès que l’on trouve une plante, il faut inscrire un certain nombre d’informations sur une fiche de terrain (espèce, date et lieu de la découverte, milieu, etc.) et, si possible, la prendre en photo, puis saisir les données sur le site Internet Sauvages de ma rue. Les scientifiques se chargent ensuite de faire parler ces données, qui leur permettront d’améliorer la connaissance de la flore urbaine et de son évolution, et de mieux comprendre l’impact de ces « brèches urbaines » sur la qualité de la biodiversité.

Passage de la biodiversité

Depuis le lancement du programme Sauvages de ma rue, 45 000 données ont déjà été recueillies. En Île-de-France, ce sont plus de 550 observateurs qui ont inventorié 119 espèces végétales dans 94 communes. Qu’a-t-on appris sur ces plantes ? En moyenne, on retrouve 6,5 espèces différentes par trottoir. L’espace le plus riche d’Île-de-France est le Passage des deux portes, dans le 20e arrondissement de Paris, avec ses 35 espèces répertoriées ! Les plantes des villes sont plus tolérantes à la sécheresse et à la pollution, de plus, la pollinisation et la dispersion de leurs graines sont davantage assurées par le vent que par les insectes et les animaux.

Sciences citoyennes et ludiques

Sauvages de ma rue est un spin-off de Vigie-Nature, un programme de sciences participatives qui invite tous les curieux et amoureux de nature (débutants, expérimentés, scolaires...) à collecter des informations sur la faune et la flore. Ce type d’initiatives de sciences dites citoyennes, à l’échelle locale ou internationale, se multiplie, permettant de recueillir une grande quantité de données sur des territoires étendus et sur de longues périodes.

Le site Web eBird permet aux ornithologues amateurs et professionnels du monde entier de partager leurs observations d’oiseaux ; la plateforme participative OpenTreeMap est utilisée par plusieurs villes nord-américaines (Seattle, Philadelphie, Los Angeles, etc.) pour recenser les arbres et les forêts urbaines à l’aide des habitants. Évoquons également le projet Global Forest Watch. Et que dire des BioBlitz, qui s’organisent partout dans le monde (à Auckland, par exemple, ou à Montréal)… Lors de ces évènements de 24 ou 48 heures, scientifiques et volontaires mènent ensemble un inventaire intensif de toutes les espèces vivantes dans une zone donnée.

Les exemples se comptent aujourd’hui par centaines ; ils constituent un excellent moyen, pour les citadins, de se reconnecter à la nature, de mieux la comprendre, mais aussi… de bien s’amuser !
 

En savoir plus :

- Citizen science - from studying bees or seaweed to solar storm-watching
- Site officiel Sauvages de ma rue

Image principale : Des mauvaises herbes qui poussent à travers du carrelage de béton

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